Inspecteur général honoraire de l’Éducation, prix de la laïcité en 2018, Jean-Pierre Obin était à Montpellier ce jeudi 16 avril, à l’initiative du Ceser de la Région Occitanie pour une conférence sur le thème "l’École face aux défis de la laïcité." Il décrypte pour Midi Libre les causes de la montée de la violence et des atteintes à la laïcité dans l’espace scolaire.
Pourquoi la laïcité est-elle toujours sujette à débat ?
Parce qu’elle a toujours clivé les Français. La fameuse guerre scolaire entre école et religion a duré jusqu’en 1994 avec un accord qui instituait la parité entre les deux systèmes. Mais une autre guerre scolaire avec l’islamisme a pris le relais. C’est ce que j’évoquais en 2020 dans mon livre « Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école », avec un constat alarmant et documenté d’atteintes à la laïcité dès le premier degré.
Comment en est-on arrivé là ?
En 2004, les ministres successifs, de droite puis de gauche ont estimé qu’avec la loi dite « sur le voile » de 2004, le job avait été fait. Or, le rapport de 2004 disait déjà que le voile était l’arbre qui cache la forêt, c’est-à-dire les contestations de règles de vie scolaire et de contenus de cours, les menaces, les agressions physiques d’enseignants. Depuis 2015, des études de l’Ifop montrent que ces contestations se passent partout, public et privé.
Après l’assassinat de Samuel Paty, en 2020, vous aviez rendu un rapport sur la formation à la laïcité des personnels. Les choses ont-elles évolué ?
Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’époque, avait accepté ce plan quadriennal de formation des personnels de l’Éducation nationale. La quasi-totalité d’entre eux ont eu leurs trois demi-journées de formation à la laïcité et valeurs de la République. Ce n’est qu’un début. Près d’un enseignant sur deux en entendait parler pour la première fois.
La délégation à l’université de la formation des enseignants est une catastrophe.
Depuis ce drame, l’autocensure a-t-elle encore augmenté chez les enseignants ?
C’est clair. Selon l’Ifop, entre 2018 et 2022, le pourcentage d’enseignants déclarant s’être déjà autocensurés est passé de 36 à 56 %. Dans mon livre « Les profs ont peur », Presque tous les enseignants interrogés m’ont parlé de Paty.
Sur un plan général, les agressions d’enseignants par des élèves se multiplient, comment expliquer ce glissement ?
Dans mon dernier livre (1) j’utilise des études montrant que 2 % des élèves déclarent avoir frappé au moins une fois un professeur dans l’année. Ça représente 120 000 agressions physiques d’enseignants. Il y a une montée de la violence des jeunes dans la société qui est générale et pas propre à la France. Il y a ensuite la formation des enseignants à l’autorité. Les statistiques Talis et de l’OCDE placent la France dernière en termes de formation sur 55 pays, y compris en gestion des comportements et de l’ordre dans la classe.
À quoi est-ce dû ?
La délégation à l’université de la formation des enseignants par le ministère de l’Éducation, sous Jospin, est une catastrophe. Gabriel Attal avait annoncé qu’il voulait récréer les écoles normales mais n’a pas eu le temps de le faire. Il faudrait que l’Éducation nationale reprenne la main sur la formation de ses personnels. Mais je ne suis pas sûr que le ministère ait conscience de ce fiasco…
Que faire pour endiguer cette violence ?
Être transparent sur ce sujet qui reste tabou du côté des syndicats. Ils réclament plus de moyens mais à chaque plan anti-violence depuis 1990, on a créé des milliers de postes d’AED, 60 000 en 1997-1998 et la violence n’a pas diminué. C’est un problème de formation d’enseignants, de soutien qu’ils devraient recevoir de la hiérarchie. Le recours à l’article 40 du code de procédure pénale devrait être systématique en cas d’agression. Il faut arrêter de traiter ça en interne.










