Des peines de prison avec sursis ont été requises mardi à l’encontre de deux chirurgiens jugés à Reims pour homicide involontaire dans l’affaire Corentin Jeras, un enfant de 11 ans mort en 2014 des suites d’une opération ratée de l’appendicite.
Un ensemble de « fautes et négligences »
Le procureur a souligné un ensemble de « fautes et négligences » et un « entêtement irrationnel » des deux chirurgiens, aujourd’hui tous deux âgés de 72 ans.
Il a demandé 30 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour le premier, assortie d’une interdiction définitive d’exercer la médecine, et 24 mois avec sursis et 5 000 euros d’amende pour le second.
Le délibéré sera rendu le 2 juin.
Un diagnostic erroné : Corentin souffrait en réalité d’un trouble de l’intestin
Le 31 octobre 2014, Corentin Jeras est pris en charge à la clinique Claude-Bernard de Metz pour des douleurs abdominales, diagnostiquées comme une appendicite aiguë.
Mais ce diagnostic était erroné, des expertises médicales ayant démontré par la suite que l’enfant souffrait en réalité d’une colopathie fonctionnelle, un trouble de l’intestin qui ne nécessitait pas d’opérer en urgence, a relevé mardi le procureur.
L’aorte de l’enfant touchée par erreur lors de l’opération
Pratiquée le lendemain de l’admission de l’enfant à la clinique, l’intervention chirurgicale tourne mal : son aorte est touchée par erreur, provoquant un choc hémorragique, décelé trop tard.
Après neuf heures passées dans le bloc opératoire à Metz, Corentin meurt le lendemain au CHRU de Nancy, où il avait été transféré en urgence.
« Je regrette en toute sincérité », a lâché l’un des chirurgiens
« C’est un accident. J’ai ma part de responsabilité », a reconnu mardi à la barre le chirurgien à l’origine de l’incision de l’aorte. « Je regrette en toute sincérité, je pense à Corentin et à (ses parents, NDLR) chaque jour », a-t-il lâché à la fin de l’audience. Interdit d’exercer par l’Ordre des médecins pendant trois ans après ce drame, il a continué à pratiquer par la suite au Maroc.
L’autre prévenu a reconnu s’être « entêté » à vouloir sauver la situation en aidant son confrère, et estimé que « Corentin aurait pu être sauvé » si le chirurgien cardio-vasculaire de garde avait été appelé « plus tôt » à la rescousse.
Des gens se sont cachés derrière les chirurgiens, selon un avocat de la défense
Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont notamment estimé que leurs clients n’auraient pas dû être les seuls à se retrouver à la barre.
« Je pense qu’il y a des gens qui se sont cachés, pour le dire franchement, derrière les chirurgiens » et qui « ont bénéficié d’une indulgence » à laquelle les deux prévenus « n’ont pas eu droit », a déclaré mardi à la presse Me Pierre-Henri Lebrun, l’un des avocats de la défense.
« Un déni de justice »
Les parents de Corentin eux-mêmes ont longtemps tenté d’obtenir également le renvoi devant la justice de la clinique Claude-Bernard, de l’Ordre des médecins de Meurthe-et-Moselle ainsi que d’un anesthésiste.
Ils ont toutefois subi une fin de non-recevoir de la Cour de cassation en août dernier. « Un déni de justice » pour Fatiha Chami, la mère de Corentin. « Mon fils s’est vidé de son sang sous les yeux de toute une équipe. »
« On avait un gosse magnifique », a déclaré le père de Corentin
Elle s’est aussi dite « déçue » des réquisitions à l’encontre des deux chirurgiens. Et « les excuses, je ne les accepte pas ». « On avait un gosse magnifique », a dit le père de Corentin, Pierre Jeras.
Les parents de la victime réclament un million d’euros pour le préjudice moral subi.
Avec AFP.
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