Les accros du jardin (1/3) : "se vider la tête", "un lien avec la nature"… Pourquoi les Français sont-ils fous de jardinage ?

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64 % des Français possèdent un jardin et l’entretiennent. Un engouement gonflé ces dernières années par la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 et par les confinements. Pour les Français, jardiner est plus que jamais synonyme de reconnexion à la nature mais aussi de prise de conscience écologique.

Comme un retour ou une plongée dans de lointaines racines. Se souvenir qu’on a été un jour chasseur, cueilleur, puis un peu plus. Qu’il existe dans quasiment toutes les familles des branches agricoles encore solidement accrochées à l’arbre généalogique.

Alors que deux Français sur trois possèdent un jardin, leur passion grandissante pour l’art de l’entretenir remonte sans aucun doute à très loin. Dans une étude réalisée en 2025 par l’Ifop pour l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep), 82 % d’entre eux estiment que c’est essentiel à leur bien-être. 92 % affirment même faire de leur jardin un lieu de relaxation et 92 % un lieu de convivialité pour recevoir (88 %).

« Un véritable attrait pour le vivant »

Un engouement certainement accentué par la crise sanitaire de 2020, et ces confinements qui ont fait des espaces verts privatifs une fenêtre ouverte sur l’évasion. « C’est vrai, il y a un boom encore plus net depuis le Covid, reconnaît Jean-Marie Clanet, patron de la pépinière Pousse-Clanet, à Lattes. Il y a Un véritable attrait pour le vivant, la nature. C’est pour ça qu’il faut bien faire comprendre aux amateurs qu’un jardin est un lieu qui vit et qui bouge. »

Un loisir qui concerne une majorité de Français. Midi Libre – Antoine Llop

Certains jardiniers amateurs ont la main verte, d’autres le cœur un peu fleuri. À l’heure de leur poser la question, les réponses éclosent comme des boutons de teintes différentes.


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« Quand je fais ça, je ne pense vraiment à rien d’autre, ça me vide la tête, explique Annie, agent hospitalier de 43 ans, sur le parking d’une grande enseigne nationale nîmoise. Et puis c’est quand même sympa d’entretenir son petit bout de terrain. » Pour Romain, mécanicien retraité, « c’est une façon de rester actif, de continuer à se servir de ses mains. Je suis sûrement plus actif dans mon jardin depuis que j’ai arrêté de travailler. Je crois que c’est aussi bon pour la tête que pour les bras et les jambes. »

« Planter c’est un peu donner naissance à quelque chose »

Dans les pépinières un peu moins formatées, plus intimistes et familiales, comme Pousse-Clanet à Lattes, il est sans doute plus aisé de croiser des puristes, en quête d’un esprit au-delà du vivant qu’ils ramènent chez eux. « Planter, c’est un peu donner naissance à quelque chose, maintenir un lien avec la nature, avoue Sylvie, 47 ans, formatrice dans une grande entreprise montpelliéraine. Quel bonheur d’en profiter ensuite et de constater qu’on crée et qu’on entretient tout un biotope où viennent vivre des oiseaux, des insectes. »

« Donner envie d’un jardin au naturel » sans abuser du gravier ni des bâches anti mauvaises herbes » : C’est le credo de Jean-Marie Clanet qui milite pour des jardins à l’ancienne, « qui vivent et s’étalent, où tout n’est pas forcément coupé au carré. » Même s’il rappelle qu’une des premières vertus d’un bon jardinier « est de pouvoir visualiser ce que ça va devenir au moment où on plante. » « Aujourd’hui le jardin n’est plus un luxe mais une nécessité sociale, un espace où se cristallisent nos aspirations contemporaines : reconnexion à la nature, quête de bien-être, conscience environnementale, appuie Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop en commentaire de son étude.

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Celle-ci révèle que les jeunes s’y mettent aussi. Même si seulement 58 % des moins de 35 ans possèdent un jardin (contre 68 % chez leurs aînés), ils disent l’investir totalement et considèrent aussi qu’il valorise un bien immobilier. Une génération qui cultive aussi sa conscience environnementale : 69 % des moins de 35 ans utilisent leur jardin pour mieux se nourrir et une adaptation au changement climatique plébiscitée par 84 % des jardiniers mais pas si simple à réaliser… 68 % se disent d’ailleurs prêts à faire appel à un professionnel du paysage pour créer un jardin plus écologique.

Quand l’esprit devient aussi vert

Sensibilisés à la protection de l’environnement, les Français semblent adopter de plus en plus les gestes écologiques dans leurs pratiques quotidiennes de jardinage.

Cadre près de Lunel, Michel, 37ans, avoue ainsi qu’il a renoncé à certains produits et mis en place des systèmes lui permettant d’économiser l’eau : "Je n’utilise plus de glyphosate. C’est interdit et presque introuvable en France mais j’ai des collègues qui en trouvent encore en Espagne… Je fais aussi attention à l’eau. Le goutte-à-goutte permet de réguler mais avec un jardin de 1000 m2 et pas de forage, la facture devenait salée. J’ai fait installer un récupérateur d’eau de pluie et je mets du paillage au pied des plantes pour limiter l’évaporation."

Du bon sens pas très compliqué à mettre en place et un petit budget assez vite amorti. 58 % des Français ont déjà mis en place un système de récupérateur d’eau et 83 % font aussi confiance aux professionnels de l’horticulture pour les aider à choisir des végétaux adaptés à leur climat. Vivaces et plantes méditerranéennes sont particulièrement plébiscitées.

Si l’esthétique arrive en tête des priorités (23 %), l’entretien durable et la prise en compte de la biodiversité suivent désormais de près (19 %). Toujours selon l’étude de l’Ifop, 63 % des jardiniers expriment toutefois des doutes quant à leur capacité à entretenir leur jardin dans les années qui viennent à cause des restrictions d’eau et de la chaleur.

Derrière cette passion verte, un business juteux qui amène chaque jardinier à dépenser en moyenne près de 120 € par an pour un chiffre d’affaires du secteur estimé à plus de 8 milliards en France. Dans l’air du temps, des phénomènes comme les trocs de plantes se développent même sur internet.

Inégalités d’accès selon les revenus et les régions

Pour Laurent Bizot, président de l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep), cet engouement prend tout son sens « dans un contexte de transitions multiples : dérèglement climatique, pression foncière, tensions sociales, mutations des modes de vie ». Il rappelle cependant que si le jardin « reste un point d’ancrage, il reflète aussi les grandes lignes de fractures et d’inégalité : selon l’âge, le lieu de vie ou le revenu, l’accès à un jardin varie du simple au double. »

Seuls 21 % des habitants d’appartements possèdent un jardin contre 91 % des habitants de maisons individuelles. En zones rurales, plus de 90 % de personnes jardinent contre seulement 41 % en île de France ou 45 % en PACA/Corse. 73 % des foyers les plus aisés (plus de 3500 € nets par mois) possèdent et entretiennent leur jardin contre 53 % des plus modestes (moins de 1500 €). Même côté jardin, en creusant un peu, la lutte des classes n’est jamais très loin…

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