Le Biterrois Instadrone est le premier réseau d’opérateurs de drones en France, avec 6 millions de chiffre d’affaires, 30 salariés, 15 000 vols par an, un réseau d’agences franchisées et des clients comme Enedis, Total, Suez ou Veolia. Alors qu’avec les guerres en Ukraine et en Iran les drones sont au cœur de l’actualité, rencontre avec Cédric Botella, le PDG d’Instadrone.
Cette mise en avant des drones sur les théâtres de guerre a-t-elle un impact sur votre activité ?
La vision du drone militaire tel qu’on l’utilise en Ukraine ou en Iran aurait pu dévaloriser l’image du drone civil, mais ce n’est pas le cas. Cela a même contribué à l’ancrer dans notre imaginaire collectif. Aujourd’hui 80 % des drones civils sont chinois, mais des entreprises spécialisées dans le drone militaire se sont développées en France. Un bel exemple est Hexadrone, à Saint-Étienne, qui a été financée par des investisseurs biterrois dont je fais partie. Instadrone est un prestataire de services, on se sert du drone comme d’un outil. Je cherche cependant à faire venir de la fabrication de drones à Béziers, où nous avons toutes les compétences.
Au vu de ces compétences, justement, vous avez quand même eu des contacts avec l’armée française ?
Oui, on a reçu très souvent des unités militaires. La Division d’expertise nucléaire est par exemple intéressée par nos drones automatisés. Ce n’est pas notre cœur de métier, mais on donne notre avis quand on nous le demande.
Il y a un an, vous avez quitté Servian pour des locaux quatre fois plus grands à Villeneuve. Instadrone a grandi ?
Nos effectifs et notre chiffre d’affaires n’ont pas explosé, mais l’entreprise a changé. Tous les deux à trois ans, dans l’industrie du drone, il y a un tournant stratégique. Le travail dans les infrastructures de communication – comme l’inspection d’antennes téléphoniques pour Free, un de nos actionnaires – est peu à peu supplanté par les installations énergétiques, comme le réseau Enedis, qui a été malmené après les tempêtes. Dans nos pratiques, le vol manuel est aussi remplacé par le drone automatisé.
C’est quoi, un drone automatisé ?
Un drone automatisé décolle et revient à sa base de recharge par lui-même, en suivant l’itinéraire qu’on lui indique, avec une intelligence artificielle qui lui permet de répondre à des consignes, comme par exemple « vérifie la présence d’individus ». L’intérêt, c’est que les techniciens qui le font voler n’ont pas besoin de leur brevet de pilote. Avec un loyer entre 1 500 et 2 000 euros par mois, vous l’avez à demeure et vous pouvez le faire voler quand vous voulez. C’est intéressant pour les entreprises qui ont de gros besoins de sûreté et de surveillance, et le marché est immense : en Chine on compte aujourd’hui 30 000 drones automatisés… En France, il n’y en a qu’une trentaine.
Votre expérience d’ancien gendarme est-elle utile dans votre nouveau métier ?
J’étais notamment en brigade de recherche à Béziers et à Pézenas, donc quand il s’agit de surveillance et de sécurité, je sais de quoi je parle. J’ai pris le goût de la photo aérienne dans les hélicoptères de la gendarmerie, j’ai ensuite été parmi les 200 premiers pilotes de drones déclarés. Mais aujourd’hui, je suis moins passionné par le drone en soi que par l’entreprise et les services que l’on peut rendre. Quand on évite à un homme de prendre des risques sur un toit en envoyant un drone, on utilise une nouvelle technologie, moins chère, plus efficace, sécurisée… et décarbonée.
En quoi le développement du drone peut-il être bénéfique pour Béziers ?
Grâce à notre présence, Béziers sera bientôt la ville de France qui comptera le plus de drones automatisés : il y en a déjà trois, dont celui qui surveille la construction de la gigafactory d’hydrogène de Genvia. Nous allons encore déménager dans de nouveaux locaux d’ici la fin de l’année où nous disposerons d’un centre de téléopération pour nos drones automatisés. Il faut imaginer une salle pleine d’écrans, où une vingtaine de personnes superviseront des vols dans toute la France, 24 heures sur 24. Enfin, il y a le volet formation : 130 pilotes de drones ont déjà été formés par nos soins à Béziers, et la ville accueille le premier bachelor universitaire de technologie consacré à l’IA et à la robotique de France. Notre territoire ne doit pas passer à côté de ces innovations.
L’horizon est donc dégagé ?
Notre limite, c’est la réglementation, notamment pour les drones automatisés. Depuis deux ans, nous testons le transport en urgence de médicaments et de prélèvements à Montpellier, mais les contraintes réglementaires ne nous permettent pas d’être rentables. Autre exemple : il avait été question d’utiliser des drones cet hiver pour traiter les vignes inondées où les tracteurs ne pouvaient pas passer… Mais le temps d’obtenir les autorisations de vol, tout avait séché ! À Instadrone, nous avons un service entier qui se consacre à obtenir ces autorisations, nécessaires à chaque vol. La dérégulation vantée par Macron, moi, je ne l’ai pas encore vue.







