"C’est un événement comparable au 11 septembre pour les Américains" : Henri Malosse témoigne depuis Beyrouth après les frappes israëliennes

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Alors que le Liban a été frappé par de violents bombardements israéliens, Henri Malosse, ancien président du Comité économique et social européen, s’est rendu sur place pour apporter son soutien et livrer des médicaments. Il raconte la situation sur le terrain.

Depuis Beyrouth au Liban, Henri Malosse, ancien président du Comité économique et social européen, témoigne du contexte difficile dans lequel se retrouve la population libanaise. Il partage son analyse à Midi Libre après les bombardements du 8 avril ayant causé au moins 200 morts et des milliers de blessés.

Une série de photographies prise par Henri Malosse suite aux bombardements du 8 avril. Henri Malosse

Pourquoi êtes-vous au Liban aujourd’hui ?

Je fréquente le Liban depuis de nombreuses années, notamment dans le cadre de mes fonctions européennes. Cette fois-ci, j’y suis allé pour les soutenir. Je fais partie d’une association qui vient en aide aux chrétiens du Liban, et j’ai amené avec moi 30 kg de médicaments. Sur place, je rencontre différentes personnes pour me rendre compte de la situation, apporter mon soutien et aider sur certaines démarches.

Une série de photographies prise par Henri Malosse suite aux bombardements du 8 avril. Henri Malosse

Vous êtes donc parti malgré la guerre ?

Pas du tout, non. Je suis parti en connaissance de cause.

« J’ai vu des familles entières dans des écoles, dans des camps. La situation est intenable »

Dans quelles conditions vivez-vous actuellement à Beyrouth ?

La vie est globalement normale, mais hier il y a eu des bombardements qui ont touché des quartiers résidentiels, sans véritable raison. Ce sont des photos que j’ai prises moi-même ce matin. L’atmosphère a changé. Hier soir, la plupart des restaurants avaient fermé. Aujourd’hui, c’est jour de deuil national. Ce qui s’est passé est horrible.

Le Liban est un petit pays. C’est un événement comparable au 11 septembre pour les Américains ou au 7 octobre pour les Israéliens. Ce 8 avril restera comme une date funeste.

Une série de photographies prise par Henri Malosse suite aux bombardements du 8 avril. Henri Malosse

Comment réagit la population ?

La vie continue quasiment normalement, mais les gens sont abattus. On ne s’attendait pas à ça, d’autant plus qu’un cessez-le-feu était en discussion. Et malgré cela, on a eu les pires bombardements que le pays ait connus depuis 40 ans.

On dépasse les 200 morts en une journée, avec des centaines de blessés, dont beaucoup d’enfants et de personnes âgées. Les gens ont été pris par surprise, sans alerte, en pleine journée. C’est particulièrement douloureux. Le mot « vicieux » est malheureusement approprié.

Comment analysez-vous la situation ?

Je pense qu’il y a une volonté du gouvernement israélien de faire capoter le cessez-le-feu et un possible accord entre Iraniens et Américains. Ils ont utilisé la situation du Liban pour cela.

Par ailleurs, une partie du gouvernement israélien souhaite récupérer le sud du Liban, qu’ils considèrent comme leur terre. Il y a une volonté de déplacement de populations, à la fois musulmanes et chrétiennes.

J’ai vu ce matin des villages dans une situation catastrophique. Des milliers de personnes sont coupées de tout, sans eau ni nourriture. C’est dramatique.

Une série de photographies prise par Henri Malosse suite aux bombardements du 8 avril. Henri Malosse

Quel rôle peut jouer la France ?

La France est sollicitée. Il y a eu des déclarations du président, mais ce que les Libanais attendent, c’est davantage. Ils souhaitent que la France, avec d’autres pays européens et régionaux, mette en place une force d’interposition pour protéger le pays.

J’ai moi-même relayé cette demande auprès de l’ambassadeur. Aujourd’hui, la France est perçue comme une des seules puissances capables d’agir.

Est-ce réaliste, selon vous ?

Il n’y a aujourd’hui aucun respect des Nations Unies. Mais une force d’interposition plus large, avec un appui international, pourrait être davantage respectée. Sinon, cela va continuer. Le Liban ne peut pas devenir le terrain de règlement de comptes d’autres conflits.

Que retenez-vous de ce que vous avez vu ?

Ce qui frappe, c’est l’ampleur des déplacements. Il y a environ un million de personnes déplacées dans un pays qui en compte cinq. J’ai vu des familles entières dans des écoles, dans des camps. La situation est intenable. Et le Liban se tourne vers la France, avec laquelle il existe des liens historiques, culturels et humains très forts.

Aujourd’hui, beaucoup de Libanais considèrent la France comme leur seule planche de salut.

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