La ministre de la Mer Catherine Chabaud revient sur l’aide annoncée par le gouvernement vendredi soir, pour contrer la crise à la pompe. Elle débloque une enveloppe de 5M€, soit 20 centimes par litre d’essence, en avril, pour les pêcheurs.
Le gouvernement a annoncé vendredi des mesures d’aide aux secteurs touchés par la crise énergétique. Votre ministère a débloqué 5 M€ d’aide aux pêcheurs. Cette décision est apparue tardive pour certains.
Dès le début, mon ministère a été en gestion de crise. Nous avons vu l’évolution rapide de l’envolée des prix, j’ai tout de suite alerté le Premier ministre, le Président et nous avons organisé rapidement une réunion avec les banques, les metteurs en marché et la filière. Nous avons mis des mesures en place pour alléger la trésorerie et les charges des pêcheurs. Il y a eu une vraie prise de conscience de mes collègues, à commencer par le Premier ministre, que les pêcheurs étaient les premiers impactés, qu’il fallait les aider à traverser la tempête.
On ne sait pas combien de temps cette crise va durer, il était nécessaire d’aller plus loin au regard de l’urgence. La décision n’a pas été prise tout de suite car il fallait mesurer l’évolution de la crise dans un contexte budgétaire où l’on ne peut pas faire n’importe quoi.
Le président du comité des pêches Occitanie : « Le prix de l’essence à la pompe, du jamais vu »
Pour Bernard Perez, le président du comité régional des pêches d’Occitanie, le geste de la ministre est insuffisant. "Ce samedi nous avons des prix à la pompe à 1,45 € le litre en Corse, et 1,26 € dans la région, c’est du jamais vu. Même avec 20 centimes d’aide, nous ne sommes pas rentables, plus ça va aller, moins les bateaux pourront aller à la mer. Actuellement, nous dépassons 50 % de charge… Nous verrons mardi après le conseil de l’Europe ce que nous faisons."
Avec quel objectif ?
Pour moi, l’objectif c’est d’éviter que les bateaux restent à quai. On voit bien les répercussions de la crise : elle peut impacter les criées, les mareyeurs… Toute la chaîne de valeur peut être touchée, avec des risques de report vers d’autres ressources d’approvisionnement.
L’aide se matérialise par un coup de pouce à la pompe : 20 centimes par litre d’essence en avril. Mais pour les pêcheurs de Méditerranée, c’est insuffisant pour être rentable…
J’en ai conscience, mais c’est déjà ça, c’est malgré tout un premier geste avec une enveloppe de 5M€ portée sur la réserve du budget de mon ministère, qui n’est pas colossal, et programmé sur le mois d’avril. Et puis des bateaux vont reprendre la mer, c’est un signal fort. Nous ne maîtrisons pas la suite de l’envolée des prix, nous gérons au quotidien, si elle continue, 20 centimes ça peut paraître un peu dérisoire. Mais nous allons aussi regarder ce que nous pouvons faire en sollicitant les énergéticiens, je les appelle à participer à cette contribution.
Y a-t-il d’autres pistes ?
Beaucoup de gens nous disent pourquoi ne pas reporter sur le prix du poisson, mais ce n’est pas possible, même si je réfléchis à une solution avec les représentants des mareyeurs et des criées. Nous regardons aussi vers la grande distribution.
« Collectivement, nous avons des efforts à faire »
Les pêcheurs parlent aussi de regarder vers la taxe éolienne, c’est tout à fait pertinent. Nous travaillons aussi à d’autres leviers que je ne peux pas encore vous livrer. Par ailleurs, le système assurantiel des pêcheurs n’était pas prêt lors de la dernière crise, est en cours d’établissement, il faut qu’il se mette en place. Collectivement, nous avons des efforts à faire. Et puis certains vont pêcher moins loin, d’autres, les bateaux plus récents, se sont équipés d’un économètre pour mieux gérer la consommation de carburant.
La commission européenne doit valider ce mécanisme d’aide lundi. Y a-t-il un risque ?
Je ne pense pas. Cette demande expresse ne sera pas que celle de la France, l’Espagne, l’Italie, les pays pêcheurs sont concernés. Je vais également voir la commission européenne, parce que la pêche française est bloquée, du fait du cadre réglementaire, pour arriver à accélérer la décarbonation de la flotte, qui est la solution à moyen et à long terme. C’est urgent afin d’autoriser le soutien à la filière et avoir des aides immédiates.







