Cinéma : quand la répression de la liberté d’expression dans la Turquie d’Erdogan mise en scène dans "Yellow letters" alerte sur la nôtre…

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En salle depuis mercredi, “Yellow letters” de İlker Çatak, Ours d’or au festival de Berlin, s’inspire de la vague depurgesorchestrées par le régime tyrannique d’Erdogan, entre 2016 et 2019.

Son précédent film, La salle des profs, un remarquable thriller en huis clos dans le milieu scolaire, avait reçu cinq Lola, équivalents allemands de nos César, et concouru aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international. Son nouveau, Yellow letters, en salle depuis mercredi, a été récompensé par l’Ours d’or la 76e Berlinale. Réalisateur allemand d’origine turc encore peu connu chez nous, lker Çatak est un regard qui compte, aujourd’hui, mais il n’est pas certain que là où il le porte réjouisse les autorités du pays de ses parents.

Dans Yellow letters, il s’intéresse au destin d’un couple d’artistes mis au ban de la société turque, parce que trop engagé aux yeux du pouvoir, en s’appuyant sur la vague de purges que la Turquie a connue entre 2016 et 2019, qui a vu plusieurs milliers d’artistes et d’universitaires suspendus et traduits en justice pour avoir signé une pétition pour la paix…

Se rebeller ou renoncer ?

Dramaturge et professeur d’art dramatique à l’université d’Ankara, Aziz reçoit un jour, à l’instar de quelques collègues, une lettre jaune (yellow letter) : on lui signifie sa révocation pour avoir interrompu son cours et incité ses élèves à rejoindre leurs camarades qui manifestaient. Un peu plus tard, Derya, sa femme, comédienne vedette au théâtre national d’Ankara, reçoit elle aussi une lettre jaune : son indifférence aux tentatives de récupération du pouvoir a, entre autres choses, beaucoup déplu.

Désormais sans revenu, le couple épris de liberté doit quitter Ankara pour s’installer avec sa fille ado chez la mère d’Aziz, à Istanbul. Commence alors pour eux trois une période de profonde remise en question. Faut-il persister à pratiquer son art, au risque d’aggraver la colère des autorités ? Faut-il répondre à cette répression par plus encore de rébellion, quitte à se précariser davantage ? Ou, au contraire, pour préserver son quotidien et le confort de ses proches, faut-il courber l’échine et rentrer dans le rang (à tout le moins, faire comme ci) ? Le dilemme, complexe, va creuser les dissensions dans le couple…

Mélodrame politique d’une grande clarté, qui n’exclut ni l’émotion, ni le cinéma, Yellow letters est d’autant plus fort que, bien que turcophone, il n’a pas été tourné sur place, mais en Allemagne, avec Hambourg pour figurer Ankara, Berlin pour Istanbul. Ainsi, le film d’lker Çatak, dont la maîtrise cérébrale évoque pêle-mêle Bergman, Farhadi et Ceylan, dépasse-t-il la dénonciation atten

due pour atteindre à la fable universelle sur la liberté d’expression artistique et politique, ce qu’il en coûte à l’exercer et ce qu’on risque à la négliger. Bref, un grand film et un cinéaste à suivre…

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