La 41e édition de la Comédie du livre – 10 jours en mai, qui se tient à Montpellier du 15 au 24 mai, réunit 274 autrices et auteurs, et offre 220 rendez-vous, conférences, rencontres et autres ateliers au public. C’est bien plus qu’un salon ordinaire, c’est un festival de festivals littéraires ! Revue de détail.
1 – Un festival de… grandes soirées
La 41e édition de la Comédie du livre propose plus de soirées qu’elle compte de jours ! Elle s’ouvre à l’Opéra-Comédie le 15 mai par une rencontre publique avec Sofia Andrukhovych, grande voix de la littérature ukrainienne d’aujourd’hui dont le roman-fleuve Amadoca. L’histoire de Romana et d’Ouliana (Belfond) fait l’unanimité. Toujours à l’Opéra-Comédie, le 17 mai, Prélude à l’amour : une lecture d’un texte de (et par) Léonor de Récondo inspiré de l’histoire de Sand et Chopin, avec David Kadouch au piano.
Au Centre Rabelais, on se pressera pour écouter le grand historien Patrick Boucheron le 18 mai, l’immense écrivain turc Ahmet Atlan le 19 mai, et – événement majeur – Gisèle Pelicot le 20 mai. La salle Molière (derrière l’Opéra-Comédie) accueille aussi de beaux rendez-vous : Laurent Mauvignier, Goncourt 2025 avec La maison vide (Minuit) le 20mai et Jón Kalman Stefánsson, grande plume islandaise, le 21mai.
Enfin, le dialogue final entre l’intellectuel palestinien Elias Sanbar et son homologue israélien Elie Barnavi, le 24 mai, à l’Opéra-Comédie, nous semble aussi incontournable que salutaire.
2 – Un festival de… regards croisés
Pour la quatrième fois, la Comédie du livre accueille le cycle “D’un regard l’autre” qui va faire dialoguer, au centre Rabelais, cinéastes du réel et auteurs de fiction. Le 16 mai, le film Would your have sex with an Arab ? de Yolande Sauberman sera suivi d’un échange avec Selim Nassib. Le 17 mai, La vie devant elle de Manon Loizeau sera suivi d’une discussion avec Léonor de Récondo. Le 21 mai, Fabrice Arfi accompagnera la projection de Personne n’y comprend rien de Yannick Kergoat. Enfin, le 24, une rencontre entre Marie-Hélène Lafon et Éric Caravaca suivra le film de ce dernier, Carré 35.
3 – Un festival de… plumes de presse
Organisé par l’université Paul-Valéry, mais symbiotiquement lié à la Comédie du livre, le festival Plumes de presse s’intéresse à la narrative non fiction. Inspirée de faits réels, elle emprunte autant à l’enquête journalistique qu’à l’écriture romanesque, et témoigne aussi des nouvelles formes de l’info écrite : BD reportages, longs formats numériques, etc. Trois journées, trois thématiques. Le 20 mai, “Polars et enquêtes” avec Valerio Varesi, Michèle Pedinielli, Benjamin Dierstein, David Dufresne. Le 21mai, “La non-fiction chez Delcourt” avec Sylvan Venayre, Thierry Chavant, Jean Dytar, Jeff Pourquié. Le 22mai, “La non-fiction contemporaine” avec Guillaume Pinson, Julie Brafman, Valérie Manteau, Annick Cojean…
4 – Un festival de… résistance
La Comédie du livre offre cette année une carte blanche à Salomé Saqué, journaliste au média alternatif Blast et autrice de deux essais au succès phénoménal, Sois jeune et tais-toi et Résister (Payot). Engagée, concernée, articulée, cette figure féministe et générationnelle a invité des esprits du même métal rare et tranchant : Camille Bordenet (Sous leur pas, les années, Robert-Laffont), Titiou Lecoq (Les femmes aussi ont fait l’Histoire, Les arènes), Camille Etienne (Pour un soulèvement écologique, Seuil) et Blanche Sabbah (La bataille culturelle, Casterman).
Mais au-delà de cette carte blanche exceptionnelle (ces personnalités réfléchissent leurs apparitions publiques), on trouvera trace d’un esprit de résistance jusque dans les trois jours du salon littéraire place royale du Peyrou. Des noms ? Natacha Appanah, Fabrice Arfi, Johann Chapoutot, Laurent Groff, André Markowicz, Adèle Rosenfeled, Dimitri Rouchon-Borie…
5 – Un festival de… la bande dessinée
Si la présence de la bande dessinée s’avère sensiblement moins spectaculaire, la Comédie du livre y reste particulièrement attentive. En témoigne son invitation de la colletive Gilxcott, née à l’annulation du Festival d’Angoulême, qui proposera durant le salon une série de rencontres autour de questions du temps présent (inclusion, genre, intelligence artificielle, pratique de la lecture…).
Parmi les 20 bédéastes invités, en restant du côté de l’engagement, citons l’Autrichienne Ulli Lust, qui a remporté en 2025 le très prestigieux Deutscher Sachbuchpreis 2025 (prix du livre de non-fiction), une première pour une BD, pour Quand la femme était l’homme – aux origines de l’histoire (éditions çà et là), qui tacle des siècles de sexisme. Également très attendue, Florence Dupré La Tour fait doublement sensation avec un récit très actuel de la dèche ordinaire Jeune et fauchée (Charivari) et une délirante fable horrifique sur le travail et la domination Les moribonds (Casterman).
Signataire de l’affiche cette année, à la fois autrice de BD, illustratrice et romancière, Marion Fayolle exposera à l’espace Dominique-Bagouet du 22 mai au 6 septembre, les dessins de son livre Les aimants (Le Tripode).
6 – Un festival de… lectures jeunesse
Depuis la petite enfance jusqu’à la grande adolescence, la Comédie du livre soigne la jeunesse et met même les bouchées doubles pour cette 41e édition, proposant tous les jours du salon des expositions, des ateliers, des lectures, des contes et des petits spectacles.
Le festival invite, en outre, une vingtaine d’auteurs parmi lesquels Denis Barronnet, qui vient du rock et de l’humour noir et proposera une lecture de Skeletos (Seuil), Marion Brunet, autrice de la trilogie dystopique Ilos (Pocket) qui a reçu le prix Astrid-Lindgren 2025, prestigieux équivalent du “Nobel” pour la jeunesse et Christelle Dabos, star de la fantasy jeunesse avec sa tétralogie à succès La passe-miroir (Gallimard) qui fait désormais l’objet d’une adaptation en BD.
7 – Un festival de… l’imaginaire
Pour la troisième année consécutive, la Comédie du livre accueille la remise du Grand prix de l’imaginaire (GPI), la plus prestigieuse récompense dédiée aux littératures de l’imaginaire en France. Ce qui fait de Montpellier, le temps de trois jours de salon, la capitale française des ailleurs et des demains avec ce que cela suppose d’ambassadeurs dimensionnels et de consuls transfictionnels. Parmi les “grands anciens”, citons Christrian Chavassieux, Thomas Day, Catherine Dufour, Jean-Claude Dunyach, Laurent Genefort, Joëlle Wintrebert, et pour les “apparitions”, Lucie Heder, Anouck Faure, Audrey Pleynet, Emilie Querbalec.
Deux auteurs anglo-saxons : l’États-unienne Megan Whalen Turner, autrice d’une hexalogie de fantasy très réputée, Le voleur de la reine (Monsieur Toussaint Louverture) et le Québécois Ray Nayler, signataire de deux chefs-d’œuvre, La montagne dans la mer et Où repose la hache (Le Bélial’).
Les imaginaires ayant perdu récemment deux de leurs plus grands noms (Pierre Bordage et Dan Simmons), il se pourrait que quelque chose se fasse à ce sujet mais il est déjà acquis que la Comédie du livre sera témoin du retour de la Trilogie chronolytique (Robert-Laffont), chef-d’œuvre absolu signé Michel Jeury, un Cévenol de cœur, et premier GPI de l’histoire… qui donc se boucle, un peu.










