Mardi, à 18 heures, les listes de second tour ont été officiellement déposées. Les tractations sont donc terminées, la bataille finale est lancée. Avec des rapports de force qui ont évolué. Explications.
Toulouse n’est pas la seule grande ville à suspense. Depuis dimanche, à Bordeaux, à Nice ou encore à Marseille les négociations vont bon train et se sont conclues mardi soir à 18 heures par quelques surprises.
C’est désormais une nouvelle campagne qui s’ouvre.
À Marseille, la gauche en pole position
À l’ombre de la Bonne mère, la situation s’est figée aux alentours de midi. « C’est dans un esprit de responsabilité que nous prenons la décision de retirer notre liste et de ne pas participer au pari inconséquent de Benoît Payan. L’orgueil et l’ego d’un homme ne doivent pas précipiter notre ville dans l’abîme ».
Par ses mots, l’Insoumis Sébastien Delogu, sous pression depuis dimanche, a fini par se désister au profit du socialiste arrivé en tête dimanche.
Ce dernier a en effet refusé de fusionner ses listes avec celle de la France Insoumise. Afin de barrer la route au candidat du Rassemblement National arrivé en deuxième position, LFI n’avait donc d’autres choix.
Dimanche prochain, la gauche marseillaise part donc en pole position d’autant que la candidate LR Martine Vassal a fait le choix de se maintenir. Pour autant, le risque de voir le candidat du Rassemblement National Franck Alisio prendre la mairie de Marseille n’est pas nul, ce qui représenterait pour Marine Le Pen et Jordan Bardella un tremplin pour 2027.
Lyon la binaire
Lyon au contraire verra s’affronter un bloc LR-macroniste et une alliance rouge et verte.
L’ancien patron de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas, qui a récolté 36,78 % des voix au premier tour, affrontera le maire écologiste Grégory Doucet qui a réuni dimanche 37,36 % des suffrages et de l’insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi arrivée troisième du scrutin avec 10,41 % des voix.
Une alliance pour le moins baroque puisqu’elle ne repose sur aucun programme commun mais cherche juste à additionner les électeurs. C’est ce que LFI appelle une alliance technique : les deux camps se réunissent pour le second tour mais dès le lendemain ils se séparent pour siéger dans des groupes différents au conseil municipal et défendre des programmes différents, au risque de ne jamais trouver de majorité.
Ce scénario n’est pas sans rappeler le (dys)- fonctionnement actuel de l’Assemblée Nationale.
Pas de trio à Bordeaux
Les appels incessants des cadors de la droite et du centre auront finalement réussi à faire plier Philippe Dessertine. Il faut dire que toute la droite s’y est mise. Bruno Retailleau a plusieurs fois décroché son téléphone, puis ce fut au tour de Gérard Lacher…
Fort de ses 20 %, longtemps l’économiste a tenu bon et a menacé d’affronter l’écologiste Pierre Hurmic qui est arrivée en tête dimanche avec 27 % et l’ancien ministre de Gabriel Attal Thomas Cazenave qui a réuni 25 % des électeurs. Mais une tribune signée mardi par Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Gabriel Attal, Marc Fesneau, Édouard Philippe et Hervé Marseille aura eu raison de Philippe Dessertine qui n’a finalement pas déposé sa liste.
Thomas Cazenave devrait profiter de ce retrait et part donc en bonne position dimanche pour emporter la ville.
À Nice, on n’est pas des anges
Inimaginable ! Abandonner la ville à son pire ennemi, Christian Estrosi ne s’y résout pas.
Éric Ciotti est pourtant arrivé largement en tête à Nice dimanche, avec 43,43 %, devant le maire sortant (30,92 %) et l’écologiste Juliette Chesnel-Le Roux (11,93 %).
Pour faire mentir les prévisionnistes, Christian Estrosi, depuis lundi matin, jette donc ses dernières forces dans la bataille. Ses soutiens ne sont pas en reste. Les cadres de son parti Horizons auraient appelé Marine Tondelier pour qu’elle demande à sa candidate de se retirer, sans succès.
Sur la baie des Anges, le barrage contre l’extrême droite n’a rien d’une évidence. « Estrosi a tracé le sillon de l’extrême droite. Ce « barrage » ne peut pas être Christian Estrosi », a déclaré depuis sa permanence Juliette Chesnel-Le Roux.
Le maire sortant devra donc affronter seul son adversaire qui a de bonnes chances de l’emporter.
L’exception strasbourgeoise
Lundi soir, Olivier Faure a assuré comprendre les candidats socialistes qui ont accepté de fusionner avec LFI… Mais il n’a pas fait preuve de la même ouverture d’esprit concernant l’accord passé à Strasbourg par Catherine Trautmann avec le candidat Horizons Pierre Jakubowicz qui a réuni 5 % des voix.
Le patron du PS a même assuré que cet accord plaçait l’ancienne ministre en dehors du Parti socialiste. Si Catherine Trautmann l’emporte dimanche se sera donc en son nom propre. L’ancienne maire socialiste est arrivée en tête avec 25,93 % des suffrages.
Derrière elle, le LR Jean-Philippe Vetter a réuni 24,23 % des suffrages suivi de la maire sortante Jeanne Barseghian avec 19,72 % des voix puis du candidat LFI Florian Kobryn, qui a obtenu 12,03 %.
Ces deux derniers ont fusionné leurs listes rendant difficile la victoire de Catherine Trautmann dimanche prochain.
Paris vaut bien un coup de fil
Paris n’est pas Marseille et Rachida Dati n’est pas Franck Allisio. Là où le barrage contre l’extrême droite a imposé à LFI de retirer son candidat, le risque de victoire de l’ex ministre de la culture n’a pas été considéré comme suffisamment grave pour en faire autant.
À Paris, Sophia Chikirou a donc décidé de maintenir sa liste contre Emmanuel Grégoire qui a refusé une fusion. Ce dernier a indiqué dans l’après-midi avoir appelé l’insoumise « de façon républicaine » pour lui expliquer sa décision, sans lui demander de se retirer.
Rachida Dati, en revanche, bénéficiera dimanche d’une fusion avec la liste de Pierre Yves Bournazel – fusion à laquelle ce dernier a préféré ne pas participer- et du retrait de Sarah Knafo.
Le rapport de force est donc en faveur de la candidate de droite qui a réalisé 25 % des suffrages auxquels elle pourra ajouter les 11 % de Pierre-Yves Bournazeel et les 10 % de Sarah Knafo alors qu’Emmanuel Grégoire n’a réuni que 38 % des électeurs au premier tour.
Lille ne rougit pas
« Ça peut encore basculer »… Mardi matin, un cadre Insoumis estimait que la situation à Lille n’était pas stabilisée et que son parti pouvait trouver un accord avec les écologistes contre le candidat socialiste. Finalement il n’en sera rien.
Arnaud Deslandes arrivé en tête dimanche avec 26,26 % des suffrages ne s’alliera pas avec la candidate insoumise Lahouaria Addouche qui enregistre 23,36 % des voix mais avec l’écologiste Stéphane Baly (17,75 %). Il part donc en bonne position dimanche prochain pour l’emporter.








