Jamais dans l’histoire un pays n’avait à ce point préempté une discipline comme le tennis de table, pratiquée pourtant universellement. Symbole du défi qui attend ce vendredi Félix Lebrun face au N.1 mondial Wang Chuqin, en 8e de finale de la Coupe du monde à Macao.
Trente millions de pongistes chinois, et moi, et moi, et Wang Chuqin. Une ritournelle obsédante pour Félix Lebrun, placé sur la route du numéro un mondial en huitième de finale de la Coupe du monde à Macao. À première vue, un tel tirage au sort vaut condamnation pour le Montpelliérain. Les chiffres parlent : en six confrontations, « Féfé » (N.6) ne s’est jamais imposé, et s’il fut tout près de l’exploit le 13 juillet 2025 au Grand Smash Las Vegas (défaite 4-3, 11-9 dans la dernière manche), le ratio sets gagnés/perdus penche de façon écrasante en faveur de Wang Chuqin (22/6). Comme le sentiment de se battre contre une armée.
Une armée rouge, impérialiste et dictatoriale depuis l’introduction de la discipline aux Jeux Olympiques. Le palmarès fait foi : en près de 35 ans, de Séoul 1988 à Paris 2024, soit dix olympiades, l’emprise du milieu a rapporté 28 des 32 médailles d’or distribuées. « Jamais dans l’histoire un pays n’avait à ce point préempté une discipline, pratiquée pourtant universellement […] Le pays de Xi Jinping exerce une telle dictature en tennis de table que, par comparaison, l’hégémonie sud-coréenne en tir à l’arc ou kényane au 3000 mètres steeple pourrait presque sembler démocratique. En Chine, le ping-pong confine à la religion d’État », observe l’écrivain Guillaume Evin dans son essai « petites histoires de domination sportive ». Félix Lebrun en avait fait l’expérience en s’inclinant face à Fan Zendong en demi-finale des JO de Paris 2024.
Des fissures dans la muraille
Décrété sport national par le Grand Timonier Mao Zédong, le ping-pong – ping quand la balle heurte la table, pong quand elle touche la raquette – a dressé sa propre muraille. Ici, en France, il est essentiellement un loisir ; là-bas, en Chine, l’esprit de compétition est tel que la relève se révèle chaque fois plus féroce. Le pays-roi est si dominateur qu’il peut s’offrir le luxe de ne pas compter dans ses rangs le champion olympique et double champion du monde en titre, Fan Zhendong, rétiré du circuit international, tandis que ses compatriotes Wang Chuqin et Lin Shidong ont récupéré le trône. Le « Géant qui sommeille » peut dormir tranquille. Et pourtant…
En ce printemps naissant, dans la ferveur de Macao, la concurrence se révèle plus pertinente que jamais. Et à 19 ans, sur son potentiel, Félix Lebrun s’impose comme le concurrent le plus menaçant pour briser la muraille. Battu (4-1) le 1er mars dernier par Wang Chuqin – dernier duel en date – le pensionnaire de l’ANMTT, en très grande forme cette année, a des raisons d’y croire.
Aux Chinois de faire valoir leur rang. La victoire du Brésilien Hugo Calderano avait d’ailleurs provoqué un véritable séisme l’année dernière. Pour la première fois depuis dix ans, le titre échappait à son pays « inventeur ». Conséquence désastreuse : le président de la Fédération, Liu Guoliang, jeta l’éponge et démissionna de son poste. Des fissures dans l’armure. Un indice : ils ne sont plus « que » trois pongistes Chinois dans les dix premiers mondiaux (ils étaient six avant les JO 2024), et seulement deux qualifiés pour les 8e de finale à Macao. Si jamais Félix Lebrun créait la sensation ce vendredi (12h45), il n’en resterait qu’un. Et moi, et moi, et « Féfé »…








