Le réalisateur des meilleurs Pirates des Caraïbes, Gore Verbinski, fait son retour en salle ce mercredi 15 avril, avec Good luck, have fun, don’t die, le divertissement américain le plus azimuté depuis Everything everywhere all at once !
L’apocalypse est pour demain ! Oui, vraiment. Il le sait, lui, car il vient précisément, de demain, de ce futur beaucoup trop proche pour avoir de l’avenir. Il le sait, alors il le hurle dans ce diner angelino bondé ce soir-là. Mais personne ne lui prête attention, trop absorbé que chacun est par le parachèvement de son auto-abrutissement numérique par portable interposé. Et puis, qui aurait envie de prêter l’oreille à un tel clochard hirsute, crasseux, au regard allumé ? Quand il brandit un détonateur : tout le monde ! Son auditoire désormais attentif, l’olibrius lui explique qu’il vient de remonter le temps pour la 117e fois pour empêcher l’apocalypse que va déclencher une super-intelligence artificielle et que pour sauver l’humanité lobotomisée par les écrans, il va avoir besoin d’un petit coup de main. Ainsi, commence le film états-unien le plus jouissivement azimuté depuis Everything everywhere all at once (sept oscars en 2023 !) avec lequel il partage bien plus que l’anecdote d’un titre improbable.
Derrière ce Good luck, have fun, don’t die, on retrouve Gore Verbinski, réalisateur chéri de la “World company” (alias Disney) quand il enquillait les succès avec les trois premiers Pirates des Caraïbes mais tricard depuis les échecs de ses pourtant épatants Lone Ranger et A cure for life. Même s’il n’est pas l’auteur du scénario de son nouveau film (signé Matthew Robinson),
Verbinski s’est sans doute identifié au personnage principal incarné (génialement) par Sam Rockwell : un type à moitié fou, à moitié sage, qui croit toujours possible de sortir la foule de sa léthargie dopaminée comme lui persiste à penser qu’un cinéma populaire est encore possible en dehors des franchises, adaptations et autres remakes.
De l’excès comme forme de rébellion
Une fois l’équipe constituée par le voyageur temporel, la narration se fait gigogne, alternant entre aventure principale et retour sur l’histoire de quelques-uns des personnages, chacune proposant une critique hyperbolique façon Black mirror d’un versant technologique (l’abrutissement numérique, le clonage, la réalité virtuelle…). Le film y perd un peu en tension dramatique mais y gagne en ludisme bis : Good luck, have fun, don’t die n’est pas ce pénible pamphlet réactionnaire que d’aucuns technolâtres vont s’empresser de dénoncer, mais une fable SF picaresque qui fait du foutraque et de l’excès, ses principes de rébellion.
Visuellement superbe, fourmillant de références bien digérées (L’armée des 12 singes, Terminator, Matrix, Akira, Toy story…), le film de Verbinski dit avec sincérité teintée d’angoisse, son refus d’abandonner la beauté, la créativité et l’absurdité consubstantielles de la condition humaine à un futur formaté, algorithmé, artificialisé… Si l’apocalypse est pour demain, c’est maintenant qu’il faut devenir dingue !










