"J’étais en totale gestion" : la frustration du Lozérien Rémy Brassac, passé si près du titre de champion de France de trail long sur le mont Ventoux

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Le Lozérien Rémy Brassac faisait partie des favoris du championnat de France de trail long (50 km – 2 500 mètres de dénivelé positif), disputé dimanche sur les pentes du mont Ventoux. Il était en tête après 2 h 30 de course avec cinq autres coureurs, quand le groupe s’est trompé de chemin et a effectué 5 km de plus. Repassé 36e, il a fini en trombe pour remonter à la 6e place. Si sa performance a impressionné coureurs et suiveurs, ce fait de course le prive du titre et, pour l’instant, de la sélection pour les championnats d’Europe. Il raconte.

Vous terminez 6e du championnat de France de trail long mais 1er parmi les six coureurs qui évoluaient en tête avant de se perdre peu après le sommet du Mont Ventoux. Vous devez être déçu…

Très déçu. Très frustré. Jouer un titre de champion de France, ça n’arrive pas tous les jours… Et même pas tous les ans. C’est pour moi une grosse occasion de cocher la case qui s’échappe. Je suis d’autant plus déçu qu’en termes de sensation, j’ai le sentiment d’avoir fait une très, très grosse course. Et c’est d’ailleurs le ressenti de mes malheureux collègues d’échappée. Que ce soit sur les réseaux sociaux, ou de vive voix, ils ont tous dit que j’aurais été en compétition pour le titre. Alors évidemment, on ne saura jamais ce qui serait advenu si nous étions restés devant, il y aurait eu une grosse bagarre pour aller chercher la victoire, mais oui, c’est forcément frustrant.

Dans la montée vers le sommet, vous sembliez très à l’aise malgré un gros rythme…

Oui, j’étais vraiment en totale gestion. Je n’avais fourni quasiment aucun effort superflu jusqu’au Chalet Reynard où on a retrouvé le parcours (après s’être perdu, NDLR). Preuve en est, quand j’ai accéléré derrière pour rallier la ligne d’arrivée le plus vite possible, ça s’est vu. J’ai repris plus de 30 places et 10 minutes sur la tête de course en 20 kilomètres. Ça a montré que j’étais encore à l’aise à ce moment-là. Je pense qu’il y a des fautes et des erreurs partagées de tout le monde. On ne refera pas l’histoire, c’est ainsi.

« L’effet boule de neige »

Sans refaire l’histoire, revenons-y tout de même. Que s’est-il passé précisément ?

Le parcours a été modifié au dernier moment, pour des raisons de sécurité, mais après le départ. On nous a annoncés, quand on est arrivés à l’antenne du Ventoux (au sommet, NDLR) quon allait finalement descendre par la route. Juste avant d’arriver au chalet Reynard (où était situé le ravitaillement du 30e km, NDLR), les organisateurs ont tracé une petite boucle qui nous faisait remonter une piste de ski pour aller chercher le chemin de crête et ensuite nous faire redescendre sur le chalet. Ce chemin avait été emprunté par les coureurs du 70 km la veille (plusieurs courses ont eu lieu dans le week-end, NDLR), il était donc très marqué. Et nous, une fois qu’on a été sur ce chemin, on a foncé, alors qu’il fallait l’emprunter sur 30 ou 40 mètres seulement avant de redescendre en contrebas ; il y avait des fanions pour nous indiquer de rejoindre le chalet Reynard, mais on ne les a pas vus. On était pourtant six, en plus du cycliste qui filmait la course.

À ce moment, il y a eu un effet boule de neige. Au bout d’un moment, on s’est dit qu’on s’éloignait beaucoup du chalet, mais on a croisé des randonneurs qui nous ont dit qu’il y avait des balises un peu plus loin et que nous étions sur le bon chemin. Et en effet, 300 mètres après, on a vu ces balises, ce qui nous a confortés dans la direction. Sauf que c’était visiblement celles de la course de la veille. On est parti, parti, parti, jusqu’à ce qu’on se dise qu’on n’était pas du tout là où il fallait. On a fait quasiment 5 km de trop et on perd 25 minutes.

Vous avez tout de même réussi à vous remettre dans la course pour faire une belle remontada, reprendre dix minutes à la tête de la course et repasser de la 36e place à la 6e…

J’avais perdu tout espoir de faire podium, et même top 5 ou top 10. Vingt-cinq minutes de perdues sur un championnat de France aussi relevé… Je me disais que j’allais échouer très loin dans le classement. Et en passant au ravitaillement, Adrien Séguret, le sélectionneur de l’équipe de France, nous a dit de ne pas lâcher jusqu’à l’arrivée, d’aller le plus vite possible. J’étais avec Antoine Charvolin, un autre favori, on s’est dit qu’on allait faire course commune. Après tout, j’avais géré toute ma première partie de course, justement pour lancer la bagarre à partir de ce ravitaillement.

Parce que c’est une partie plus exigeante qu’on ne le croit ?

Exactement. Il y a des portions de descentes hyper techniques, mais aussi beaucoup de petites montées, avec un cumul de 800 mètres de dénivelé positif. C’est justement pour ça qu’on était tous en gestion dans le groupe de tête. Sur cette course au Ventoux, paradoxalement, ce n’est pas la première montée qui fait peur, c’est le retour qui est loin d’être un cadeau. Du coup, on est parti avec Antoine le couteau entre les dents. J’étais en forme et petit à petit, j’ai creusé l’écart sur lui et je n’ai pas arrêté de remonter des coureurs. On m’a dit à un moment donné, que j’étais 12e, je n’ai donc pas lâché jusqu’à l’arrivée. Et j’arrive quasiment au sprint pour la 5e place.

« J’y ai consacré mon hiver »

Sixième, mais avec un titre de champion de France dans votre catégorie…

Oui, mais ce titre Master est loin d’être un lot de consolation. Ce n’était absolument pas mon objectif, ce n’est pas ce que je joue aujourd’hui. Alors oui, avec le recul, je décroche une 6e place sur un championnat de France Élite et c’est correct Mais compte tenu du contexte, c’est très décevant.

Le titre était vraiment votre objectif ? Vous l’avez préparé ?

J’y ai consacré mon hiver pour ça, oui. Je tourne autour de l’équipe de France depuis quelques années, chaque fois à 2-3 places près (le podium du championnat de France servant généralement de sélection, NDLR). Et l’an dernier sur cette même course du Ventoux, j’avais terminé 2e à trois minutes du champion d’Europe. C’était donc un parcours qui me convenait alors que sur le calendrier, je l’avais entouré de rouge et surligné en orange (rires). Si je veux voir le côté positif, le job a été fait, il était même excellent. Ce fut une de mes plus belles journées de sport d’un point de vue sensations. J’étais vraiment au-dessus de ce que je sais faire.

Et sans remuer le couteau dans la plaie, ça aurait pu être votre plus belle victoire, malgré un palmarès déjà impressionnant

Ce n’est pas tout le monde qui est champion de France en effet. Après, je le refis, je ne sais pas comment la course aurait tourné sans cet incident de parcours. J’aurais peut-être fait 2e, 3e…. Mais très sincèrement, le podium, c’est quasi certain que je serais monté dessus. Et quand je vois que mes compagnons d’échappée semblaient un peu dans le dur au chalet Reynard, je pense que le titre était largement jouable.

Les sélectionneurs de l’équipe de France ont indiqué qu’ils allaient peut-être revoir leurs critères de sélection. Ça, ça peut être un joli lot de consolation ?

On verra. Quoi qu’il en soit, derrière les athlètes qui montaient sur le podium, il restait une place disponible à la discrétion des sélectionneurs. Avec la partition que j’ai rendue hier, je pense être légitime pour l’avoir. Est-ce que je l’aurai ? Je n’en sais rien. En tout cas, cette équipe de France est championne du monde par équipes en titre, elle a terminé 1re et 3e en individuel lors des derniers championnats d’Europe, c’est une nation forte du trail. Je pense que les sélectionneurs vont se creuser la tête pour amener l’équipe la plus performante possible en Slovénie le 6 juin, j’espère en faire partie.

« Ma priorité, avoir un maillot bleu, blanc, rouge sur les épaules »

C’est un parcours qui pourrait correspondre à vos qualités ?

Je ne l’ai pas analysé dans le détail, mais il avait été dit que les championnats de France auraient lieu au Ventoux, parce que le parcours se rapproche de ce championnat d’Europe. Donc, oui, ça peut me convenir. Et si les sélectionneurs me font confiance, je vais bien sûr axer la suite de ma saison sur cette course. Il va de soi que ma priorité aujourd’hui, c’est d’avoir un maillot bleu, blanc, rouge sur les épaules. Cela fait plusieurs années que je le chasse et c’est quelque chose qui me tiendrait vraiment à cœur. Je ne sais pas si cela peut remplacer un titre de champion de France élite, mais ça serait un joli lot de consolation.

Et la suite de la saison, ça serait quoi ?

J’avais prévu de courir la Maxi-Race, autour du lac d’Annecy, début juin. Et après, fin août, je vais m’aligner sur la TDS, la version 150 km de la semaine UTMB. Ce sera la première fois sur de l’ultra, au-delà de 100 km. La TDS, j’irai, mais la Maxi-Race, si les sélectionneurs m’appellent, ce sera pour une autre fois. Porter le maillot de l’équipe de France, ça n’a pas trop de prix, ça ne se refuse pas !

Les explications des organisateurs

L’organisation du trail du Mont Ventoux a réagi, ce lundi, par communiqué, pour donner sa version de l’incident.

"Suite aux réactions et hypothèses émises suite au fait de course qui s’est produit sur le championnat de France de trail long, nous avons souhaité exposer les faits objectivement. Tout d’abord, non le groupe n’a pas été mal orienté par erreur par un jalonneur. Non, le balisage à cet endroit n’était pas arraché par le vent et rectifié après le passage du groupe de tête. Les ouvreurs ont refait, comme d’habitude TOUT le parcours avant la course pour vérifier le balisage et rectifier si nécessaire les balises éventuellement arrachées par le vent de la nuit. Le passage en question a été comme les autres vérifié juste avant la course par l’ouvreur. La modification de parcours décidée la veille concernait uniquement la descente du sommet et pas du tout la zone où l’erreur s’est produite. À cet endroit, la trace GPX chargée par les athlètes était parfaitement conforme".

Et de poursuivre : "Une fois ces infos rétablies, les faits de course : Un groupe de 7 coureurs se présente détaché en tête dans la descente du sommet et attaque la petite remontée vers la crête derrière chalet Reynard. Pierre Livache, présent dans le groupe est légèrement décroché dans cette zone et perd un peu de distance. Sur le point précis, les 6 athlètes de tête ne voient pas les 8 balises en place et poursuivent en face. Ils quittent à ce moment-là trace GPX et le balisage (en conformité sur ce point avec le parcours. Ils rencontreront, plus tard, une ou deux balises de la veille (déplacée par le vent ou oubliée lors du débalisage qui a été réellement effectué la veille après le serre-file). Ils vont perdre sur l’incident un temps considérable, les privant de leurs chances de victoire. Le 7e, Pierre Livache, légèrement détaché, a suivi le parcours et pointe en tête au Chalet Reynard (il abandonnera plus tard sur blessure). Tout le reste du peloton, suit aussi le parcours et les 35 à 40 suivants passent au chalet Reynard devant les 6 hommes de tête. Nous sommes sincèrement affligés de ce fait de course, en tout premier lieu vis-à-vis des athlètes qui ont été privés de pouvoir défendre leurs chances de victoire".

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