Alors que 64 % des Français déclarent jardiner régulièrement, Thomas Riffaud, sociologue à l’université de Montpellier, décrypte ce phénomène qui s’est encore accru depuis la crise sanitaire.
Que vous inspire cet intérêt grandissant des Français pour le jardinage ?
Il est évidemment corrélé à ce qu’on appelle l’envie de retour à la nature. Passer du temps dans son jardin, c’est se reconnecter à la nature, écouter les oiseaux, profiter d’être à l’air. Une envie qui a été décuplée au retour du confinement en 2020. On a aussi observé au même moment une explosion des pratiques sportives ou loisir en pleine nature comme la randonnée.
Est-ce qu’il y a derrière, un intérêt pour la question écologique ?
Sans aucun doute. En cette période électorale, on ne la retrouve pas forcément dans les urnes mais on observe toujours une préoccupation d’une majorité de Français dans les enquêtes à ce sujet-là. Avec, derrière, la question du manger bien, manger bio, comment faire du bio pas cher…
Cette notion de potager allie aussi la notion de plaisir à celle d’utile, de subsistance ?
Moi j’englobe tout dans le même phénomène. Je pense qu’entre quelqu’un qui taille ses rosiers et quelqu’un qui fait pousser des tomates, les motivations se rejoignent sur bien des points. L’intérêt du potager, c’est qu’on bénéficie de la nourriture que l’on a produite. Ça renforce tout ce que j’ai dit sur la question écologique. Mais il y a aussi derrière ça la question du « faire », centrale dans bien de pratiques loisirs.
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C’est-à-dire ?
Une forte demande d’activités manuelles, artisanales au vrai sens du terme. Certains sociologues parlent même de retour à l’âge du « faire ». Au-delà du jardinage, on peut l’observer chez des personnes qui font de la mécanique, non pas par nécessité mais par envie de comprendre comment fonctionne un carburateur, car ils ont envie d’être à l’origine des choses qu’ils utilisent. Dans le jardin il y a aussi la volonté de mieux comprendre les plantes, pourquoi il faut les tailler, de revenir à des pratiques plus anciennes.
Cette envie de maison avec une parcelle est une particularité bien française.
Parce qu’on a tous eu un jour un ancêtre agriculteur, voire chasseur-cueilleur ?
C’est un retour à des pratiques d’antan. On a une vision très enjolivée de tous ces savoir-faire qui ont été un peu perdus à cause de la technique et de la technologie. Quelqu’un qui a bien taillé un olivier, il est quand même fier de voir l’année suivante son arbre qui reprend des couleurs avec de belles olives. Ce qui est étonnant aussi, c’est que ce sont des pratiques qui fatiguent mais les gens apprécient de dépenser cette énergie car ils ont l’impression d’avoir les mains dans la terre.
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En revanche, il existe de grosses inégalités d’accès au jardin en fonction de son lieu d’habitation et de son revenu…
La taille du jardin dépend forcément du prix au mètre carré d’où des jardins moins accessibles là où les prix sont élevés. Sur cette question-là, les géographes ont beaucoup travaillé la question du lotissement en France. C’est une vraie particularité française, cette envie de maison indépendante avec une parcelle. C’est une envie qui touche toutes les classes mais toutes ne peuvent pas forcément y accéder.








