Depuis janvier, le centre de radiothérapie et d’oncologie, Oncodoc, de Béziers propose des cours de taï-chi aux patients atteints de cancer. Réduction des effets secondaires, de la fatigue, renforcement musculaire ou amélioration de la libido, la discipline est de plus en plus reconnue par la communauté médicale pour ses bienfaits.
« La force doit venir du bas du ventre, vous poussez vers le haut. Vous vous souvenez de l’intérêt de ce mouvement ? […] Vous sentez la chaleur monter ? C’est bon pour la libido ! » Les pieds ancrés dans le sol, les yeux fixés vers leur enseignant, trois hommes imitent ses lents mouvements. Inlassablement, ils avancent et tournent dans cette salle d’une quinzaine de mètres carrés, tendent un bras puis l’autre, et font glisser leurs pieds sur le sol comme s’ils « marchaient sur le dos du tigre ».
Guidés par Delphin Vidal, ils apprennent le taï-chi, un art martial pratiqué en Chine depuis 700 ans. Tous les trois sont des patients de l’Oncodoc, le centre de médecine oncologique du Biterrois et du Narbonnais, qui, depuis janvier, développe ce nouveau soin de support. Un soutien, physique et psychique, bénéfique au bien-être des patients durant et après les traitements.
Réduire les effets secondaires
Au départ, Julien Welmant, oncologue radiothérapeute, a commencé à pratiquer le taï-chi pour lui-même : « J’ai rencontré Delphin grâce à LinkedIn et j’ai suivi ses cours pendant un an et demi. J’ai tout de suite observé les bienfaits de cette discipline. » Dans la foulée, la littérature scientifique se penche sur la question. L’American society of clinical oncology (ASCO), à la pointe de la recherche sur les cancers, a publié un article montrant l’intérêt du taï-chi et achève de convaincre le médecin. Sa pratique permet d’agir sur certains effets secondaires des chimiothérapies – fatigue, baisse de la libido, fuites urinaires – tout en faisant du renforcement musculaire.
Avec Delphin, ils créent une méthode « Oncotaichi« , proposant des exercices spécifiques aux besoins des patients atteints de cancers. « C’est une proposition peu observée en France », explique Julien Welmant. Le duo espère déployer cette innovation biterroise et l’étendre à d’autres centres de soins.
Pourquoi le taï-chi plus qu’une autre discipline ? « Les mouvements sont lents à l’extérieur, rapides à l’intérieur. C’est comme du kung-fu au ralenti. », explique simplement Delphin Vidal. « C’est une discipline ouverte à toutes et tous qu’importe l’âge« , complète-t-il.
Offrir un espace aux hommes
Des soins de support étaient déjà proposés dans l’enceinte de l’établissement : soutien psychologique, yoga, sophrologie et soins socioesthétiques. « Mais nous avons constaté que les hommes y allaient très peu. L’objectif était aussi de leur permettre de se retrouver entre eux », explique Julien Welmant. « C’est pour ça que nous proposons les cours en non-mixité, bien sûr il y en a aussi un pour les femmes », précise-t-il. « En fait, c’est un groupe de parole déguisé. »
Et cela fonctionne : chaque cours rassemble cinq à dix patients, qui se lient entre eux, qui se livrent sur ce qu’ils traversent. Une nécessité durant le traitement : « Un cancer est un bouleversement. Ces hommes ont de vraies souffrances qu’on ne leur a pas appris à exprimer. »
Reste maintenant à trouver un budget pérenne pour ces ateliers qui sont financés via l’association Midi Onco. Rattachée à l’établissement, elle vit essentiellement grâce à des dons de particuliers ou de laboratoires privés comme Ipsen.










