Drôe et efficace, "L’ultime héritier", libre adaptation du classique de la comédie noire britannique "Noblesse oblige", offre à l’excellent acteur américain Glen Powell l’occasion de flinguer le rêve américain de l’ascension sociale.
Avec son sourire enjôleur, son visage franc, sa haute stature et sa musculature avantageuse, voire pire, l’acteur texan Glen Powell a quelque chose du all-american boy. Un héros américain par excellence, adoubé par Tom Cruise en personne dans Top Gun : Maverick, où il lui donnait la réplique (et tenait la dragée haute).
Depuis, moins formatée que l’industrie hollywoodienne le souhaiterait sans doute, la nouvelle star de 37 ans, qui plus est d’une affabilité désarmante, semble se régaler à déjouer les attentes, sinon les miner. Prof de philo multipliant les déguisements dans Hit man, banquier plus ou moins amoureux dans Tout sauf toi, red-neck chasseur de tornades dans Twisters… jusqu’à son rôle d’opprimé virant héros enragé de la classe ouvrière de Running Man, un excellent divertissement dystopique prônant l’insurrection qui n’a pas eu l’heur de plaire à l’Amérique trumpiste.
Détestation des nantis
Avec L’ultime héritier, son nouveau film (on y arrive enfin), libre adaptation de Noblesse oblige, classique de la comédie noire britannique avec Alec Guiness, Glen Powell en remet une couche, et se reprend une douche : les États-Unis d’aujourd’hui ne veulent pas d’une critique, fût-elle plus drôle que dure, du baratin, pardon du rêve américain par celui qui est censé l’incarner. Mais la France, moins sensible à la perpétuation de l’inégalité des chances et à la reproduction dynastique des élites, rapport à une certaine révolution (ou la suivante, ou la prochaine), pourrait lui faire un bien meilleur accueil… tout en trouvant la charge un peu gentille, sacrés Français !
Or, donc, Glen Powell incarne Becket Redfellow, le prochain à y passer dans le couloir de la mort. En attendant son tour, il raconte ce qui l’a amené dans cette voie sans issue à l’aumônier de la prison qui n’en demandait pas tant. Il s’avère qu’il est le fils d’un musicien sans le sou (un musicien, quoi) et la plus jeune fille d’un certain Whitelaw Redfellow, un milliardaire comme on aime à les imaginer, sans pitié, ni morale, ni goût.
Une farce sociale
Quand sa fille est tombée enceinte, comme elle s’est refusée à avorter, il l’a bannie purement et simplement. Elle a élevé seule, sans un rond, son gamin, Becket, lui inculquant toutefois les bonnes manières… et la détestation des nantis. Orphelin, adulte, découvrant qu’en raison d’une clause dans le trust familial, il peut espérer hériter à terme, il fomente sa revanche sociale suivant un principe simple d’élagage généalogique : « Il y a sept cons ultra-riches entre moi et 28 milliards de dollars. »
Mais, oui, c’est une histoire rocambolesque, improbable, drôle mais racontée par un condamné à mort, donc à l’autodérision forcément un peu désespérée. C’est l’histoire d’un type qui, au fond, on le verra, avait tout pour être heureux loin de tout ce pognon (et de tous ces « cons », on reprend son terme car c’est le bon les concernant, allez, à une exception près) mais qui s’est imaginé qu’il le serait encore plus avec. Alors, l’argent ne fait pas le bonheur (des pauvres, merci, on sait) en guise de morale ?
L’ultime héritier, comédie noire bien fichue et bien jouée jusque dans sa scène finale au message bien plus politique qu’il n’y paraît, n’est pas fourrée à cette guimauve. Elle est certes sucrée, colorée, flatteuse au palais mais longue en bouche, elle révèle son amertume. Et Glen Powell fait le reste.








