Cette semaine, les reporters de Midi Libre vont à votre rencontre afin d’échanger sur les thématiques fortes de la campagne des élections municipales. Après le logement à Narbonne, nous sommes, ce samedi 7 mars 2026, en Aveyron. Où le musée dédié au peintre Pierre Soulages, inauguré en 2014 par le président de la République d’alors François Hollande, a changé en profondeur la ville. Pourquoi et comment l’impact du musée agit au-delà du seul champ culturel. Le maire et son premier directeur et conservateur témoignent.
Maire de Rodez depuis 2008, candidat à sa succession (*), Christian Teyssèdre peut porter un regard avisé sur le musée Soulages. Un musée dont il a accompagné la réalisation, mais dont l’idée avait été initialement « lancée par mon prédécesseur, Marc Censi ». Sans revenir sur les oppositions qui ont longtemps contrarié ce projet (dans un sondage publié en 2009, la population locale s’était largement prononcée contre), l’élu constate que le musée « a transformé Rodez. Il a permis son passage d’une ville de province un peu endormie, à une ville moderne, dynamique et innovante », nous confiait-il ce mercredi. « Pour Rodez, il est une vitrine, un acteur local important, mais pas seulement sur le plan culturel. Il est aussi devenu un moteur de l’attractivité économique du territoire et de son développement. »
Car, non content d’avoir transformé le profil et l’attractivité du centre-ville, sur le plan économique aussi, à sa manière, « le musée a relancé Rodez, confirme l’édile. Si pour la deuxième année consécutive, Rodez se hisse à la cinquième place des villes où il fait bon vivre en France, c’est aussi grâce à ces nouveaux équipements structurants. »
De Picasso au… Chat !
Ce qui, en termes de retombées économiques, se traduit notamment ainsi : « 156 entreprises se sont installées dans nos zones d’activité depuis 2014. On a créé 2 800 emplois, et le taux de chômage sur le bassin de Rodez est de 4,4 % seulement. L’image est bonne, les investisseurs viennent du département, c’est du développement endogène », se réjouit Christian Teyssèdre. Selon qui « le musée Soulages a aussi été le ciment d’une reconstruction en termes de confiance. Les gens se sont pris en charge. »
Benoît Decron, ne dira pas le contraire. Directeur et conservateur en chef du musée de 2009 à 2025, vouant une reconnaissance et une admiration sans borne à Pierre et Colette Soulages (« Sans leurs donations, il n’y aurait rien »), il sait tout de ce lieu au statut d’établissement public de coopération culturelle : « Depuis son ouverture, il a attiré 1,6 million de visiteurs. Peu y croyaient. Des études estimaient que 60 000 à 70 000 visiteurs par an, ce serait bien… »
Il a pensé le « comme un forum, une agora, j’ai écouté et rencontré tout le monde, les associations, les hôteliers, les restaurateurs, il faut écouter ce que les gens disent ». La belle idée, partagée avec Pierre Soulages, reste l’ajout d’un espace pour expositions temporaires. Ce qui a permis de montrer des œuvres de Picasso, Calder, Léger, Klein, Fontana, ou le… Chat de Gelück ! Une clé du succès. « Le musée a mis Rodez sur la carte du monde renchérit Benoît Decron. Soulages, c’est le saint protecteur de cette ville ».
Seulement 7 % de visiteurs étrangers
Ce que nous confirmait aussi Marion Palayret, directrice de l’Office de tourisme de Rodez : « Sur le plan de la notoriété, c’est incomparable. Désormais, on associe Rodez à Soulages. En 2025, on a accueilli 70 000 visiteurs à l’office de tourisme. Et ce que l’on a gagné en attractivité, on ne le perdra plus. La destination est appréciée, on le voit avec l’explosion des locations sur Airbnb, ou dans les hôtels. » Des visiteurs qui viennent d’Occitanie, d’abord, puis d’Ile-de-France, Paca, et Auvergne-Rhône-Alpes.
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este une faiblesse : « Il faut mieux vendre notre petit bijou à l’international, estime le maire. Ça, on ne sait pas encore bien le faire. » Maud Marron-Wojewodzki, la nouvelle directrice et conservatrice du musée, acquiesce : « 7 % seulement de nos visiteurs viennent de l’étranger, on peut l’amplifier. Notamment en faisant la promotion de l’œuvre de Pierre Soulages à l’international, tout en recevant, ici, des artistes qui ont déjà cette renommée. On y travaille ».



