Municipales 2026 : "On commence à voir certaines choses se dessiner", quelles sont les clés du second tour des élections ?

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Dans les grandes villes, des stratégies construites au cas par cas qui s’affranchissent parfois des directives nationales. Entretien avec Brice Teinturier, politologue et directeur général délégué d’Ipsos.

La question des alliances à gauche sera-t-elle l’une des clés du second tour ?

C’est un des éléments extrêmement importants et à date, le dépôt des listes se faisant mardi, nous n’avons pas encore les différentes configurations du second tour. Est-ce qu’il y aura des alliances PS-LFI ? Quelle ligne va-t-elle être suivie ? Tout cela aura un poids potentiellement déterminant sur le résultat final. On commence à voir certaines choses se dessiner, par exemple à Toulouse, il y a fusion de la liste LFI et PS, ce qui rend la position du maire actuel beaucoup plus difficile. Alors qu’à Marseille, Benoît Payan refuse toute alliance ou fusion. Les insoumis exercent une pression très forte sur le PS : si vous ne prenez pas cette main que l’on vous tend, c’est vous qui serez responsables de la défaite. C’est le raisonnement de Chikirou à Paris, mais en réalité, c’est un retournement dans l’argumentation. Il n’y a pas si longtemps encore, le candidat moins bien placé se retirait et appelait à voter en faveur du candidat de gauche le mieux placé pour l’emporter. À Paris ou à Marseille, même si Emmanuel Grégoire ou Benoît Payan ne veulent pas fusionner avec LFI, le fait de conserver une liste mélenchoniste au second tour met en danger ces deux candidats socialistes. Mais la vraie question qui va très vite se poser, une fois que vous aurez ainsi clarifié l’offre politique, c’est : que vont faire les électeurs ?

Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos.
Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos. MAXPPP – Vincent Isore

Au-delà des tractations pour nouer des alliances, un vote utile peut-il jouer ?

Ce qui pèsera, c’est à la fois l’offre électorale, quelles listes vont fusionner ou se retirer, mais c’est aussi quelque chose qui échappe aux responsables politiques, ou aux têtes de liste, le comportement des électeurs qui s’est beaucoup autonomisé. Un vote utile d’antagonisme ou d’adhésion peut jouer là où il y a un enjeu. À Marseille, je ne suis pas certain, par exemple, que 100 % des électeurs de Delogu se reporteront sur lui au second tour s’il se maintient. On peut s’attendre à un vote utile en faveur de Payan, mais je ne sais pas dans quelle proportion. Même chose à Paris, si Bournazel ou Knafo se maintiennent, il y aura un vote utile de leurs électeurs en faveur de Dati.

Quelles formes pourraient prendre les tractations à droite ? Peuvent-elles ouvrir la voie à un rapprochement entre droite et extrême droite ?

Il y aura très probablement des cas où on va mesurer cela. Mais à ce stade, à Toulon ou dans d’autres villes, il n’y a pas de fusion de LR et du RN. Le RN continue, en tout cas, à progresser. L’autre l’enjeu, c’est ce qu’il se passe au niveau de la droite qui est la force dominante au plan local, elle en ressort affaiblie.

Cette élection a signé, par ailleurs, le retour du clivage droite-gauche, avec un bloc macroniste hors-jeu…

Il y a beaucoup de choses qui jouent et c’est ce qui rend l’analyse complexe. Il y a d’abord la satisfaction à l’égard du travail accompli par le sortant. Les autres variables qui vont intervenir, et de manière plus marquée quand on est dans les grandes villes, c’est l’étiquette partisane, les élections municipales, à ce moment-là, fonctionnent davantage comme des mini-présidentielles, avec une très grande personnalisation des acteurs. C’est le cas à Marseille, à Lyon, à Paris et dans bien d’autres villes.

« Un succès de la stratégie de remobilisation de la jeunesse étudiante ou précarisée par LFI »

L’importante abstention du premier tour peut-elle être l’un des enjeux du second tour ?

Dès qu’il y a de l’enjeu, les Français se mobilisent. On l’a vu à Paris, Lyon ou Lille avec des hausses de la participation notables, alors que les grandes villes, la plupart du temps, sont encore plus abstentionnistes. Il y aura de l’enjeu au second tour dans un certain nombre de villes, où on peut donc anticiper une mobilisation en hausse. Des enquêtes Ipsos-BVA montrent que les jeunes sont beaucoup plus abstentionnistes que les plus âgés. Mais avec une particularité, c’est ça qui me semble intéressant, les 18-24 ans se sont mobilisés dans la même proportion qu’en 2014, alors même que sur l’ensemble du pays, il y a eu une abstention plus forte. Dans certaines villes très jeunes, comme à Lille, on note que la hausse de la participation a été forte et le niveau de LFI a été particulièrement fort, au détriment des écologistes. À Saint-Denis, qui est une ville très populaire, avec beaucoup d’électeurs dont les parents sont d’ascendance maghrébine et musulmane, une jeunesse là aussi très présente et une précarité beaucoup plus élevée, vous avez une hausse de la participation qui a profité là aussi à La France insoumise. Il y a un succès de la stratégie de remobilisation des catégories abstentionnistes, notamment la jeunesse étudiante ou précarisée dans les quartiers populaires par La France insoumise, même si ce n’est pas vrai dans les mêmes proportions partout. Cela contribue à bâtir un socle pour Jean-Luc Mélenchon en vue de la présidentielle. Mais les réserves de voix seront surtout à aller chercher pour les candidats du second tour des élections municipales dans les listes qui ne sont pas qualifiées ou ne se maintiennent pas. Chaque camp cherchera à les mobiliser selon leur tropisme de droite ou de gauche, notamment à Paris.

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