Municipales 2026 : RN, PS, LFI, LR… les résultats du second tour a-t-il vraiment redessiné les rapports de force en vue de la Présidentielle ?

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Analyse avec Benjamin Morel, politologue, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas, auteur de l’ouvrage "Crise politique, crise de régime" (Odile Jacob, publié le 25 mars).

La plupart des partis crient victoire aujourd’hui, qu’en est-il réellement ? Ce second tour des élections municipales a-t-il redessiné les rapports de force ?

D’une certaine façon, non. Le RN ne perd pas, il gagne quelques villes, mais il n’y a pas non plus de prise gigantesque. Les LR se tiennent bien. La majorité présidentielle est inexistante, même si elle va se cacher derrière la victoire à Bordeaux pour dire qu’elle n’a pas perdu.

Les écologistes sont rétamés. À Lyon, c’est une défaite d’Aulas bien plus qu’une victoire de Doucet. Les insoumis ont plutôt fait de bons scores, mais ils sont un peu enquiquinés par la défaite des maires qu’ils soutenaient. Ils ne sortent pas autant renforcés qu’ils l’auraient espéré. Même dans les villes comme Rennes, Tulle, Clermont, où ils pensaient jouer un rôle, ce ne sera pas le cas.

Les socialistes sont probablement les grands perdants de la soirée. À Marseille, le jeu était facile. Et à Paris, la sociologie était quand même très favorable. Grégoire a bien réussi à tenir dans une configuration qui n’était pas la plus simple, il a été en capacité de manger au centre, mais Chikirou ne s’effondre pas et ce n’est pas là que la gauche était la plus menacée.

Par contre, dans les villes moyennes, c’est l’hécatombe. Et ça, normalement, ça devrait alerter un peu le PS, car il y a un précédent : en 2001, ils avaient pris Lyon et Paris, ils avaient crié victoire, on sait ce qu’il s’est passé un an plus tard (l’élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, NDLR).

Qui a fait le choix le plus payant à gauche, ceux qui ont noué des alliances ou ceux qui ont refusé la main tendue de LFI ?

Ce que montre ce second tour, c’est que pour le PS, il n’y a pas de bonne solution. S’allier avec les insoumis fait fuir les électeurs, parce que les Insoumis sont devenus radioactifs. Ne pas s’allier avec les insoumis fait la plupart du temps perdre, parce qu’il n’y a pas d’effet de vote utile des insoumis vers eux.

Benjamin Morel.

Les maires qui ont perdu ce soir en ayant fait alliance avec les insoumis auraient quand même perdu s’ils n’avaient pas noué d’accord. Dans beaucoup de villes, les socialistes avaient perdu dès dimanche dernier. Parce qu’aucune option stratégique ne paraissait tout à fait viable.

Le front républicain se fissure, on l’a vu notamment à Nice, est-il encore efficient ?

Il fonctionne assez peu. L’un des enseignements de la soirée, celui qui montre que ce Front républicain n’est pas si évident, c’est l’effondrement de Martine Vassal à Marseille.

On n’a pas encore les chiffres définitifs, mais il y a à peu près la moitié de l’électorat Vassal qui a décidé d’aller voter utile Allisio (RN). Il a quand même fait plutôt un bon score au vu de son absence totale de réserve de voix. Donc, ça montre que la porosité existe et que vous avez un électorat LR de droite qui est capable d’aller voter “utile” RN, alors qu’ils ont un candidat LR en lice.

Et ça, c’est quand même le signe que ce front républicain fonctionne encore un peu quand vous avez la droite contre le RN. Mais clairement, il ne fonctionne pas du tout quand vous avez le RN contre la gauche.

Jordan Bardella avait tendu la main à la droite. Ce scrutin peut-il ouvrir la voie à une union des droites ? À un rapprochement de la droite et de l’extrême droite ?

Ce n’est pas évident, parce qu’il y a le RN du sud et le RN du nord. Le RN du nord n’est pas du tout un RN « union des droites compatible ». Ce sont plutôt des anciens communistes ou des anciens socialistes qui tendent à voter RN là-bas. Or, on ne peut pas gagner une présidentielle uniquement avec l’électorat du RN du sud. Donc, cette stratégie d’union des droites n’est pas projetable sur une présidentielle.

Le RN a fait de très bons scores dans le sud. Et là, il y a un point intéressant qui peut guetter le RN à terme, c’est la féodalisation du parti, qui handicape déjà aujourd’hui les socialistes et dans une moindre mesure LR : quand des élus locaux finissent par faire prévaloir l’intérêt local sur l’intérêt national du parti.

Le problème du RN là, à partir de maintenant, c’est qu’il a un certain nombre de villes, quasiment toutes dans le sud, dans lesquelles l’union des droites, ça marche, avec des élus qui le feront donc valoir. Mais ce n’est pas forcément la bonne ligne pour gagner 2027.

Au-delà du cas emblématique d’Edouard Philippe, cette élection a-t-elle conforté ou brisé des ambitions dans la course à l’Elysée ?

François Bayrou ne sera pas notre futur président de la République… Bruno Retailleau sort relativement renforcé. La victoire d’Edouard Philippe n’est pas une bonne nouvelle pour Gabriel Attal, Gérald Darmanin avait lui aussi parié sur sa défaite, il en est pour ses frais. Ils font partie tous deux des grands perdants de la soirée. François Hollande est fragilisé par les défaites de ses proches à Tulles et Brest. Olivier Faure voit sa stratégie impactée.

Et de l’autre côté, la situation de Jean-Luc Mélenchon est beaucoup moins favorable que ce qu’il espérait. Quant à Jordan Bardella et Marine Le Pen, l’éclatante victoire qu’ils pouvaient espérer n’a pas eu lieu.

Quel sera l’impact du scrutin sur les élections sénatoriales ? Le RN a-t-il gagné un groupe au palais du Luxembourg ?

Oui, mais sans doute pas beaucoup d’élus pour LFI. À ce stade, LR sauve les meubles et les socialistes sont probablement ceux qui auront perdu le plus de plumes.

 

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