En 2020, des abris anti-aériens datant de la Seconde Guerre mondiale ont été mis à jour sur la place Émile-Zola de Béziers. Il permettait aux civils de se protéger durant les bombardements. Parmi eux, Jacqueline Cauquil, 5 ans à l’époque. Elle revient, pour la première fois, dans ces tunnels et raconte.
Avec sa canne, elle pointe ce parking qui n’était pas là il y a quelques années, l’appartement où elle vivait, rue de la Liberté, près d’une boucherie qui a disparu, et l’ancienne école de musique qui abrite, désormais, les bureaux de l’OPH. À Béziers, sur la place Émile-Zola, ou « la placette » comme l’appellent encore les anciens, le temps a passé à l’ombre des platanes. « Ça a beaucoup changé », estime Jacqueline Cauquil en cherchant du regard l’entrée de l’abri anti-aérien, qui, il y a 82 ans, lui a sauvé la vie.
Elle est une des dernières témoins des bombardements de la Seconde Guerre mondiale qui ont touché Béziers en 1944. Jacqueline Cauquil, née en 1939, avait alors 5 ans. Ce 17 avril après-midi, elle a accepté de revenir pour la première fois dans cet abri anti-aérien, pour témoigner et transmettre son histoire. Guidée par Serge Boyer, guide conférencier à la Ville de Béziers qui fait visiter – sur demande – ces abris anti-aériens découverts en 2020.
« À chaque détonation, elle sursautait »
« À chaque bombardement qu’on entendait, on se disait, « la prochaine rame, c’est pour nous » », raconte, avec le sourire, Jacqueline Cauquil. En juillet 1944, Béziers est bombardé par les Alliés – anglais et américains – qui visent essentiellement la gare. L’objectif est de paralyser les voies ferrées pour empêcher l’armée allemande d’envoyer des troupes vers la Normandie. « Il y avait des tranchées à ciel ouvert. Les deux abris souterrains, de 40 mètres de long chacun, ont été construits en catastrophe entre avril et mai 1944 », explique Serge Boyer. 250 personnes pouvaient prendre place dans ces tunnels exigus, « et construits avec des angles droits afin de couper le souffle des bombardements au cas où l’entrée serait touchée », détaille le guide.
En tenant prudemment le bras de Clémence, sa petite-fille, Jacqueline descend l’escalier qui mène au souterrain et coupe du monde. L’émotion la saisie sans effacer sa gouaille. « Je me souviens parfaitement, j’étais à l’entrée de l’abri, ma grand-mère était en face de moi. Devant l’entrée, il y avait deux soldats. », raconte-t-elle. L’escalier, en revanche, ne lui dit rien et laisse penser que c’est dans l’autre abri qu’elle se trouvait. « Je n’avais pas réellement peur, à 5 ans je ne crois pas qu’on ait conscience de la mort », songe-t-elle. « Je m’inquiétais beaucoup pour ma grand-mère, c’était une personne que j’aimais particulièrement, je l’adorais, et nous savions qu’elle avait un problème au cœur. Elle avait peur, à chaque détonation, elle sursautait et se collait contre le mur », raconte-t-elle, assise à la même place qu’il y a 82 ans, en imitant sa grand-mère.
Continuer à transmettre ces récits
« Tu te souviens de l’ambiance à l’intérieur de l’abri ? Du bruit, des gens qui parlent, ou au contraire du silence ? ». Clémence a mille questions à poser à sa grand-mère, cette visite est aussi une affaire de transmission. « Je trouve ça très intéressant d’un point de vue historique, beaucoup de gens ignorent que Béziers a été bombardée. Bientôt il n’y aura plus de témoignage, c’est précieux. » Elle aide sa grand-mère à reconstituer les récits qu’elle a déjà entendus enfant : comme le père de Jacqueline qui fut prisonnier en Allemagne mais qui, grâce à sa maîtrise de l’allemand, a su s’échapper en se faisant passer pour un soldat.
Une fois la guerre terminée, la société de l’après-guerre tente de balayer cette période : « Pendant longtemps, on n’en n’a plus parlé, ni de la guerre ni des abris, mais moi j’y pensais », se souvient Jacqueline. Serge Boyer confirme cette impression : « Béziers a été libéré le 22 août 1944, et, début septembre, on a fermé les accès aux tunnels, on voulait oublier. »
Aujourd’hui, si l’on en croit l’enthousiasme des ouvriers présents sur la place, qui ont lâché leurs outils quelques minutes, intrigués par l’apparition du tunnel et le récit de Jacqueline, ce pan de l’histoire et ces témoignages directs continuent d’intéresser les Biterrois.









