Prix du carburant : Pourquoi la France reste un des rares pays européens à ne pas baisser ses taxes en plein choc pétrolier ?

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Le prix du carburant reste sous haute tension en Europe. Tandis que l’Italie, l’Allemagne ou l’Espagne multiplient les baisses de taxes, la France, freinée par une dette à 113 % du PIB continue à temporiser et à se contenter de coups de pouce aux professions les plus impactées. Jusqu’à quand ?

Alors que le Moyen-Orient menace de s’embraser à nouveau, le sujet du prix du carburant reste hautement inflammable, partout en Europe. Mais le gouvernement de Sébastien Lecornu reste très largement sur la réserve par rapport à ses voisins. Ce mardi 21 avril, le Premier ministre a annoncé un deuxième volet d’aides qui concernent uniquement les professions les plus impactées (pêcheurs, agriculteurs, routiers, taxis…) ainsi que 3 millions de travailleurs considérés comme « gros rouleurs ».

Un bouclier de 5 milliards en Espagne

Réclamée notamment par le Rassemblement National, la baisse des taxes sur le carburant, qui profiterait à l’ensemble des Français, est très largement appliquée hors de nos frontières. Depuis le 18 mars, l’Italie a mis en place une baisse de 25 centimes qui a été prolongée jusqu’au 2 mai. Même chose en Allemagne avec une baisse de 30 centimes sur deux mois pour un coût annoncé d’1’6 milliards d’€.

De nombreux pays européens ont déjà baissé leurs taxes. Midi Libre – Antoine Llop

L’Espagne va encore plus loin avec un bouclier de mesures de 5 milliards d’€ comprenant le plafonnement de certains prix de l’énergie, des aides directes aux secteurs les plus exposés et une baisse de la fiscalité, soit moins 30 % à la pompe.

« Le bouclier énergétique avait coûté plus de 110 milliards en 2023 »

« En France, la situation n’a rien à voir avec 2022, au moment de la guerre en Ukraine, analyse Hugo Larricq, directeur général de Mon courtier énergie, qui sert d’intermédiaire entre les entreprises et les fournisseurs pour sécuriser leurs budgets énergétiques. La prime carburant puis le bouclier énergétique avaient coûté sur deux ans entre 110 et 120 milliards d’€, soit 4 points de PIB. Le gouvernement ne peut plus se le permettre car il est aujourd’hui parmi les pays les plus endettés d’Europe à 113 % de notre PIB. »

À l’inverse d’autres pays méditerranéens qui se sont refait une santé à ce niveau : « L’Espagne est revenue à 100 % de PIB après avoir frôlé les 120 % il y a 5 ans. L’Italie a retrouvé aussi de la marge de manœuvre. »

Baisse de la consommation depuis un mois

D’autres pays comme la Hongrie et la Pologne ont carrément bloqué leurs prix à la pompe autour de 1,50 € pour le Sans-plomb et entre 1,60 et 1,80 pour le Gazole. Une mauvaise idée selon certains économistes car les fournisseurs de pétrole de ces pays pourraient, sur fond de pénurie, être tentés d’aller vers des plus offrants.

À ceux qui l’accusent de se gaver sur les taxes depuis le début de la crise, le gouvernement français a mis en avant une baisse de la consommation de carburant de 16 % sur un mois qui ferait baisser les recettes de 100 millions d’€. Mais pourra-t-il longtemps jouer la montre et refuser de diminuer la manne de taxes ?

Vers un épisode Gilets jaunes ?

« La situation nous fait penser à l’épisode Gilets jaunes, à un an d’une élection présidentielle, analyse Hugo Larricq. L’été avec son pic de départs et de consommation, risque d’être un moment de vérité… »

Autre piste de ristourne, la suppression des certificats d’énergie, proposition formulée par les patrons de la Grande distribution. Une ristourne d’environ 15 centimes au litre mais qui assécherait provisoirement les fonds dédiés à la transition énergétique et notamment MaPrimRénov’. De quoi faire bondir les défenseurs de l’environnement.

« Un marché de plus en plus volatile »

L’avenir s’annonce plus qu’incertain en matière de prix à la pompe. Une problématique qu’Hugo Larrick résume en un mot : « Volatilité ».

« Depuis 2020, on a gagné 20 à 30 % en volatilité sur le prix, explique-t-il. Avant la crise Covid, l’Opep gérait bien ses surplus. Depuis, elle est en plus en déficit de production et le moindre choc est amplifié sur les cours. Là, depuis le début de cette crise en Iran, on a vu qu’avec 10 millions de barils en moins, les prix augmentaient de 50 %. Ce marché n’aime pas le risque. Et actuellement, les primes de risques sont appliquées à tous les niveaux. Tant que le détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert normalement, on ne pourra pas espérer de réelle accalmie sur les prix. »

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