Quel avenir pour le pastoralisme en Occitanie ? "Il faut décaler les dates de transhumance", assure le berger Guillaume Constant

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Un séminaire est organisé à Montpellier à partir de ce mardi 24 mars sur le thème du pastoralisme, qui a permis de classer les Causses et les Cévennes au patrimoine mondial. Mais encore faut-il pouvoir l’y maintenir. Entre autres enjeux, la question du réchauffement. Le berger Guillaume Constant, à travers une tribune pour Midi Libre dans notre espace Lignes ouvertes, trace le sillon d’un futur possible.

Berger salarié, je suis embauché sur la montagne du Bougès en Lozère depuis quinze ans pour la saison d’estive par un groupement pastoral, une association d’éleveurs propriétaires. Je prends en charge pour trois mois des brebis transhumantes de ces différents éleveurs du pays au début de l’été avec les premières chaleurs.
Ces brebis transhument, c’est-à-dire qu’elles quittent les terres de l’exploitation pour rejoindre d’autres terres plus en altitude où l’herbe est plus verte car plus en retard. Il s’agit de brebis allaitantes, pour la production d’agneaux. Une grosse partie du troupeau est constituée de brebis gestantes.

Guillaume Constant plaide pour une modification des dates d’estive.

Le décalage de la pousse de l’herbe lié aux températures entre le fond des vallées et le haut des montagnes existe toujours mais est nettement moins marqué depuis quelques années. En effet, les hivers doux et pluvieux ont un effet positif sur le démarrage précoce de la végétation et notamment de l’herbe, les graminées précisément. Ce constat est a priori positif car les ressources sont abondantes dès le début d’estive. Malheureusement, je déchante en cours d’été car les fortes chaleurs et le manque de pluie font dépérir les graminées, qui sèchent sur pied et perdent de la valeur nutritive. Les conséquences sont notables sur l’état corporel des brebis en gestation.

Des variables d’ajustement

Cette broussaille ne couvre pas les besoins d’une jeune brebis en croissance ou d’une brebis gestante.

En revanche, ces brebis de races “rustiques” élevées dans un système pastoral sont capables de pâturer beaucoup d’autres espèces végétales. Selon leur degré d’adaptation et leurs besoins physiologiques, elles arrivent à consommer des genêts, arbustes divers et épineux, les feuilles des arbres, de la bruyère et aussi des fruits comme les glands, les châtaignes… Toutes ces plantes constituent des ressources indispensables pour la fin d’estive. Plus grande est la diversité végétale, meilleur est le menu des brebis !

Toutes ces espèces autres que les graminées, la broussaille, constituent pour moi une variable d’ajustement qui permet de nourrir un troupeau de façon plus équilibrée. Mais cette broussaille ne couvre pas les besoins d’une jeune brebis en croissance ou d’une brebis gestante.

Il faudrait commencer un mois plus tôt et terminer l’estive en fonction de l’état de la végétation et de la météo. À nous d’adapter nos pratiques.

Et à la fin de l’été, l’herbe qui était la ressource principale passe aussi en arrière-plan, car appauvrie par le manque d’eau et les températures excessives. Il n’y a plus grand-chose de bon à faire pâturer pour des brebis en production sur cette montagne à partir du 15 août.

Changement climatique

De surcroît, certaines sources tarissent, d’autres baissent fortement et occasionnent des difficultés pour abreuver le troupeau. Évidemment un pâturage sans eau devient impossible.
Des pistes de réflexion émergent et sont avancées dans le milieu pastoral. Je m’en inspire et je propose pour mon estive d’agrandir les surfaces pâturées et de décaler les dates de transhumance pour suivre au plus près le cycle de l’herbe. Il faudrait commencer un mois plus tôt et terminer l’estive en fonction de l’état de la végétation et de la météo.

Le changement climatique est probablement responsable de ces bouleversements. Responsables de ce changement, à nous d’adapter nos pratiques !

L’institut Agro de Montpellier accueille du mardi 24 au jeudi 26 mars un séminaire scientifique intitulé “Pastoralismes : regards croisés pour l’avenir”, dans le cadre de l’année internationale du pastoralisme, organisé par l’UMT Pastoralisme (unité mixte associant l’INRAe, l’Institut de l’Elevage et l’Institut Agro) et l’Entente Interdépartementale des Causses et Cévennes.

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