Un professeur d’aïkido de 60 ans était jugé mercredi 18 mars au tribunal judiciaire de Montpellier pour agression sexuelle sur une de ses élèves mineures, entre 2020 et 2024. S’il a nié les faits tout au long des débats, affirmant n’avoir accompli que des gestes pédagogiques lors des séances d’entraînement, il a été reconnu coupable et condamné.
Où s’arrête le geste sportif et où commence l’agression sexuelle ? Au-delà de quelle limite la complicité nouée au fil des années entre un instructeur et son élève, en l’occurrence mineure, bascule-t-elle dans le délit ? Mercredi 18 mars, le tribunal judiciaire de Montpellier a tranché et condamné un professeur d’aïkido de Gigean, au nord de Sète, à trois ans de prison dont deux avec sursis probatoire pendant deux ans. L’homme de 60 ans exécutera la partie ferme de sa peine sous bracelet électronique et il lui est désormais interdit, à titre définitif, d’exercer toute activité auprès de mineurs. Par ailleurs, son nom sera inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.
La jeune fille fond en larmes à la barre
« Je ne reconnais pas les faits », affirme pourtant le moniteur d’art martial et de self-défense tout au long des débats, sur un ton calme. Alors que la jeune fille, aujourd’hui âgée de 17 ans, fond en larmes dès qu’elle arrive à la barre pour évoquer les faits qu’elle a dénoncés il y a un an et demi. Ils se déroulent entre 2020 à 2024. La procédure fait état de mains posées sur les genoux, à l’intérieur des cuisses, sur les fesses et au niveau du sexe lors des entraînements, notamment pendant les échauffements et étirements. Il est aussi question d’un baiser par surprise sur la bouche. La victime a 10 ans quand elle fait la connaissance de son moniteur. Elle devient rapidement sa « chouchou » et se retrouve seule en cours avec lui.
« Sur le moment, j’étais beaucoup dans le déni, j’avais honte. Puis, j’ai été de plus en plus mal. Je me suis dit qu’il fallait que j’en parle au cas où il y aurait d’autres victimes. Les bisous, j’appelle pas ça un jeu. On était pas en train de faire des prises, ce n’est pas vrai. Chaque fois que quelqu’un entrait dans la pièce, il s’enlevait vite de moi », développe l’adolescente, en sanglots.
« Quand on fait des étirements, on est obligé de toucher »
En début d’audience, le professeur d’aïkido a été questionné point par point sur les accusations qui le visent. « Vous ne trouvez pas étrange qu’une enfant de 10 ans vous raconte ses secrets ? » « J’avoue que c’est gênant mais Gigean est un petit club où tout le monde se connaît. On m’a dit qu’on avait un rôle social. Je me suis dit qu’elle voyait peut-être en moi ce qu’elle n’avait pas avec son père ». Le premier attouchement, sur les fesses ? « Quand on fait des étirements, on appuie, on est obligé de toucher ». Les caresses sur les cuisses ? « Je n’ai pas fait attention » Et ses mains posées près du sexe, comme le montre une vidéo filmée par son élève ? « Au corps à corps, on apprend aux jeunes filles à se défendre face aux hommes qui peuvent les agresser. On faisait des scénarios ».
Pour l’avocate de l’adolescente, sa cliente, « petit à petit, s’est retrouvée coincée. On le voit dans les vidéos, elle repousse les gestes qu’il va faire sur son corps ». Elle dénonce « des manœuvres de séduction » tandis que la jeune fille « se détruit de l’intérieur ». « Aujourd’hui, elle ne peut plus entrer dans une salle de sport. Son hospitalisation est envisagée ». La procureure observe dans ce dossier « des gestes sexualisés en dehors de tout acte de sport, ainsi que des propos à connotation sexuelle. Une emprise mise en place pendant plusieurs années ».
« Il n’y a jamais eu d’intention sexuelle »
« Je ne connais pas de délinquant sexuel qui se laisse filmer », bat en brèche la défense. « On n’est pas dans le cas des professeurs qui agressent des élèves en les emmenant chez eux, dans leur voiture ou dans les vestiaires ». L’avocat plaide « l’ambiguïté d’où naissent les poursuites » dans cette affaire. « Ce professeur, à l’évidence, a dépassé ce que doit faire un enseignant d’aïkido, mais il n’y a jamais eu d’intention sexuelle. Il considérait ses actes comme de la pédagogie. » Il demande la relaxe de son client qui, après la délibération du tribunal, a cependant été reconnu coupable des faits d’agression sexuelle.








