Week-end histoire. Robert Motylski ou la vie cruelle d'un peintre fugitif réfugié au Vigan

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Né en 1953 à Sheffield en Angleterre, il a traversé sa vie entre création et enfermement. Condamné à perpétuité à 19 ans dans des conditions contestées, l’artiste a enchaîné cavales et incarcérations avant de se réfugier au Vigan en 2004. Mort en 2018, il a laissé une œuvre picturale dense et un manuscrit bouleversant, “M. le Maudit”.

La vie de Robert Motylski bascule dans une rue crasseuse de Sheffield, au nord de l’Angleterre, une nuit de crachin, alors qu’il a 19 ans, en 1972. Un homme l’attire chez lui, le fait boire et l’agresse sexuellement. Robert prend peur, le fracasse avec un tabouret, le gifle et le laisse inconscient sur une chaise, poings liés et visage tuméfié par sa rage. L’homme, condamné à deux reprises pour sexual assault (agression sexuelle), meurt quatre jours plus tard à l’hôpital.
Robert a tout raconté dans ses mémoires, écrites au stylo Bic.
L’affaire, mais aussi son père, « un immense polonais, à deux doigts d’être débile » et sa mère « sournoisement castratrice » et « totalement inculte ». Bob, comme l’appellent ses proches, a grandi dans la misère de cette cité polluée, la jeunesse désespérée accrochée au comptoir de pubs qui puent la bière tiède et le tabac, enchaînant les petits boulots. En cette année 1972, la justice le condamne avec les manières de l’époque. Sans ménagement ni nuances et avec dégoût. Le procès, pour meurtre, est expéditif : 3 h 30 au total. Et la sanction enterre Robert vivant : perpétuité.

Dans les geôles de sa Majesté, qu’il baptise ses « cathédrales de malheur », son existence déjà exiguë est réduite à 8 m2. Je vais « pourrir emmuré », écrit-il. Entre les quatre parois de son malheur, une ampoule nue au plafond découpe sa silhouette émaciée sur un matelas crasseux. Un pichet et une bassine en plastique poisseux sur une table minuscule achèvent ce décor sordide. Il est si seul qu’il s’invente des correspondances, griffonnant des lettres sans destinataire. Et il découvre ce que l’humanité a de plus laid. Les sévices et le sadisme de détenus à la vie perdue, jusqu’au jour où l’un d’eux lui crève un œil. Maigre consolation, l’administration pénitentiaire lui verse des dommages et intérêts pour avoir manqué à ses devoirs de surveillance.

Le matricule 666473, « fiché “psychopathe” a appris à peindre

Après onze ans de détention, il ne lui reste rien de plus à attendre : ni remise en liberté ni conditionnelle. Derrière les barreaux, le matricule 666473, fiché “psychopathe” a appris à peindre. Il rêve d’évasion. Sans trop réfléchir, il décide de se faire la belle. Un soir, il détale, le corps en feu et la tête pleine d’adrénaline. Dans une course folle, poursuivi par les chiens des matons, il finit par arriver dans le jardin d’une maison, avant de monter dans la voiture de son frère, complice, qui l’attend.

Désormais en cavale. La liberté en sursis. Il se fait appeler Jo. Il se réfugie en Irlande, puis en Inde, avant d’arriver en France à Montpellier. Il y a trouvé un travail et il a eu une fille, Tara. Mais dénoncé, il s’enfuit à nouveau. En Guyane cette fois. Jusqu’à revenir à Montpellier en 2000 et se faire arrêter. Midi Libre titre alors : “Montpellier, un anglais arrêté après dix-sept ans de cavale”. Jo est incarcéré et extradé en Angleterre.

Trois ans plus tard, une permission lui est accordée pour voir sa fille, à la condition de rallier ensuite un nouveau centre de détention, théâtre d’un meurtre qui le terrorise, un détenu ayant planté un stylo dans l’œil d’un autre. Perspective irrespirable. Il choisit de ne pas rentrer. Le voilà de nouveau fugitif, sous mandat d’arrêt européen. C’est au Vigan en Cévennes, terre d’accueil séculaire, qu’il choisit de se réfugier. Il rencontre Mimi, une infirmière, chez qui il vit. Et avec elle, il fréquente le milieu militant de gauche de la ville. C’est ainsi que l’a rencontré Jean-Pierre Hue, un militant communiste, ancien professeur de droit. « Jo était un être solaire, d’égale humeur et toujours la meilleure, avec un rire tonitruant et un humour très anglais », se souvient-il.

Dans ce cercle d’amis, composé notamment de l’ancien curé de la ville Christian Salendres, on porte haut l’idée de justice. Dans les locaux du PC, ils imaginent comment aider leur ami. Ils créent alors une association : La Bande à Mimi. Et font appel à Maître Maryse Pechevis, une avocate montpelliéraine, qui auprès de la justice anglaise parvient à savoir que ne figure plus aucun mandat d’arrêt à l’encontre de Jo qui entrevoit enfin un peu de sérénité.

Maître Maryse Pechevis : « Un personnage hors du commun »

L’avocate montpelliéraine est venue en aide au peintre anglais en 2014.

Vous rencontrez Robert Motylski  pour la première fois  en 2014. Quel homme était-il ?

Un homme amoché par la vie qui a eu une incarcération à l’âge de 19 ans parce qu’on lui avait reproché un assassinat, alors qu’en fait il avait été agressé sexuellement par un homme de 52 ans. Il avait juste cherché à se préserver.
Qui plus est à cette époque, il avait des crises de quasi-démence car il prenait des médicaments (aujourd’hui non autorisés) contre l’épilepsie.

Il aurait pu être jugé  pour légitime défense ?

Oui, pour légitime défense ou en irresponsabilité pénale. Mais nous étions en 1972 en Angleterre. Il a été jugé de manière très expéditive avec un avocat commis d’office. Il n’a pas pu se défendre.

Pour quelle raison lui et ses amis de La Bande à Mimi sont venus vous voir en 2014 ?

Ils sont venus pour essayer d’y voir plus clair sur sa situation carcérale et particulièrement sur le mandat d’arrêt international contre lui. Il vivait sans identité, sans papiers, avec la peur au ventre d’être à tout moment interpellé. Au bout de deux ans de démarche, j’ai enfin eu confirmation qu’il n’

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