Ados et réseaux sociaux : stéréotypes, injonctions différentes pour les filles et les garçons, haine… on vous donne les clés pour comprendre ce qui se passe en ligne

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Les dangers potentiels des réseaux sociaux sur les adolescents sont avérés. Fille ou garçon, l’expérience en ligne est-elle différente en fonction de son genre ? Comment ne pas laisser les ados seuls face aux contenus qu’ils voient sans culpabiliser ni juger ? Décryptage avec Pauline Ferrari, journaliste indépendante spécialiste des nouvelles technologies qui publie "Mes réseaux, mon genre et moi" ce vendredi 17 avril 2026.

Que font les plateformes ?

En avril 2025, Meta informait, sur son propre site, avoir déployé "des protections supplémentaires pour les Comptes Adolescents sur Instagram".

La multinationale américaine fondée par Marc Zuckerberg et des camarades de l’université d’Harvard assure que "les adolescents de moins de 16 ans ne pourront plus faire de Live" ou "désactiver nos protections contre les images non désirées dans la messagerie directe sans l’autorisation de leurs parents".

Meta a étendu son dispositif de protection destiné aux mineurs sur Facebook et Messenger en France où les comptes ados sont désormais activés automatiquement pour les moins de 16 ans, reprend Le blog du moderateur.

Ces comptes Ados sont destinés à réduire l’exposition aux contenus sensibles et limiter les interactions avec les personnes inconnues. Pour les moins de 16 ans, toute modification des réglages exige une autorisation parentale.

« Fille ou garçon, on ne nous montre pas les mêmes contenus en ligne […], on n’a pas accès aux mêmes modèles ». Ce constat est formulé par Pauline Ferrari, journaliste indépendante, spécialiste des nouvelles technologies, qui publie ce vendredi 17 avril 2026, l’essai « Mes réseaux, mon genre et moi » (éditions La ville brûle) destiné aux ados (et à leurs parents). Un livre qu’elle aurait aimé lire ado et qu’elle a décidé d’écrire. Si vous voulez y voir plus clair sur le sexisme qui sévit sur les réseaux, et avoir des pistes pour que cela change, vous êtes au bon endroit.

  • Fille ou garçon sur les réseaux, qu’est-ce que ça change ?

Vous avez 13 ans et vous vous inscrivez sur un réseau social pour la première fois. Si l’algorithme détecte que vous êtes une fille ou un garçon, « les contenus proposés dès le départ ne sont pas les mêmes », révèle Pauline Ferrari. Les garçons vont avoir des contenus « très liés à des stéréotypes de genre masculin », des vidéos autour « du sport, de la bagarre, des voitures, de l’humour aussi ».

Les filles vont avoir « des contenus stéréotypés comme féminins, c’est-à-dire du maquillage, de la mode, de la beauté, du lifestyle ». Lorsque des contenus sont proposés aux deux, poursuit l’autrice de l’essai, on va se retrouver avec des contenus qui « vont humilier les femmes, qui vont les stéréotyper comme étant un peu bébêtes ou un peu le dindon de la farce ». En clair, pour les plateformes, le genre reste un « référentiel assez pratique, simplifiant, pour pouvoir classifier le contenu ».

  • Une expérience « très violente »

Le profil type des victimes de cyberviolence, les chiffres le montrent, « ce sont des jeunes filles de 13 ans », fait remarquer l’autrice de « Mes réseaux, mon genre et moi ». Les jeunes filles sont « beaucoup plus victimes de cyberharcèlement, d’insultes, de caricatures, de photos non consenties qui tournent en ligne ». Les garçons, quand ils vivent des cyberviolences, vont être « renvoyés au fait qu’ils ne correspondent pas aux clichés de la virilité », « s’ils n’ont pas de relations sexuelles ou pas de copines par exemple ».

Dans tous les cas, l’expérience en ligne pour les filles et pour les garçons est « très violente ». Elle s’applique à « les garder dans un cadre très fermé de ce que c’est d’être une fille et ce que c’est d’être un garçon », synthétise Pauline Ferrari.

« C’est addictif, j’aimerais y aller moins » : Tom, 15 ans, partage son expérience sur les réseaux

Il a découvert les réseaux sociaux à ses 13 ans. Tom a désormais 15 ans, "bientôt 16", et confie y passer "3 à 4 heures dans la journée, souvent sur Snapchat". "C’est addictif…", lâche-t-il.

L’adolescent a l’impression que son fil lui "correspond bien" : "Je vois des contenus drôles, de l’actu, de la nourriture, du sport." Il est déjà tombé sur des vidéos qui parlent de "comment doivent être les filles ou les garçons", mais assure "ne plus en voir maintenant". Il se souvient d’une vidéo où une fille parlait d’une "galanterie un peu abusée" : "Elle disait que le garçon doit tout payer, que les filles doivent être comme des reines. Ça m’a fait rire au début, puis j’ai swipé. Je n’étais pas du tout d’accord avec ce qu’elle disait."

Tom reconnaît se sentir parfois "enfermé" par rapport à ses centres d’intérêt et aimerait bien "s’ouvrir un peu à d’autres choses", d’autres sports que le rugby ou le foot et les actualités sur la guerre, notamment. "Je vois souvent la même chose autour du même sujet. Parfois c’est super restreint et c’est un peu énervant. Quand ça me saoule, je décroche du coup et je fais des jeux vidéo."

À la question "Est-ce que les réseaux t’aident à te comprendre ou te mettent plus de pression ?", l’adolescent balance. "Ça m’aide un peu à me comprendre et ça peut me mettre la pression… Mais je ne suis pas trop ce que les gens disent, sur comment manger par exemple, j’arrive à garder la distance", assure-t-il.

Tom en est conscient : "Les réseaux prennent beaucoup de place dans ma vie. J’aimerais qu’ils en prennent peut-être moins…"

  • Interdire les réseaux au moins de 15 ans : une fausse bonne idée ?

Pas de doute pour la journaliste spécialiste des nouvelles technologies. Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans est une fausse bonne idée. Pourquoi ? D’abord parce que « ça met une responsabilisation très forte sur les parents et sur les professeurs aussi, sans jamais demander leur avis aux jeunes ». Et ensuite parce que « c’est un peu un aveu d’échec aussi, au niveau législatif, de se dire qu’on n’arrive pas à contrôler les plateformes, à faire en sorte qu’elles protègent bien les mineurs sur Internet. Interdire n’est pas éduquer ».

Le pire peut-être dans tout ça ? Bloquer la parole des jeunes qui oseront encore moins parler de ce qu’ils vivent en ligne s’ils savent qu’ils sont allés sur un espace interdit.

  • Des solutions ?

« Proposer une vraie éducation au numérique dès le plus jeune âge ». Sans être anxiogène, Pauline Ferrari aimerait que les enfants soient conscients tôt des risques des réseaux et que les parents soient éduqués aussi, afin d’en parler au mieux avec eux.

  • Comment aborder le sujet sans braquer son ado ?

Premier conseil dégainé par la journaliste indépendante : « Avoir une position d’humilité ». Être curieux de ce qu’ils regardent en ligne, sans être dans une posture moralisatrice mais au contraire dire « Montre-moi, ça m’intéresse, j’ai vu passer ça, qu’est-ce que tu peux m’en dire ? » et ouvrir le dialogue.

  • Ce que les jeunes doivent retenir de votre livre

« J’aimerais bien qu’ils retiennent qu’on a tous et toutes une expérience qui est différente sur Internet et que c’est parfois un peu injuste et un peu rageant, mais qu’en ayant connaissance de tout ça, on est mieux armé pour pouvoir naviguer dans cet espace. Et je pense que c’est important. » Ça l’est et le livre de Pauline Ferrari est disponible à partir de ce vendredi.

« Mes réseaux, mon genre et moi » de Pauline Ferrari, illustrations Mirion Malle, Ed. La ville qui brûle, essai jeunesse, 72 pages, 13 euros. Disponible en librairie et en ligne.

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