Affaire Narumi : pas de cadavre, pas de preuves, pas d’aveux… le troisième procès hors normes de Nicolas Zepeda s’ouvre ce mardi

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Le troisième procès de Nicolas Zepeda s’ouvre mardi à Lyon devant la cour d’assises du Rhône. Le Chilien de 36 ans, dont la condamnation en appel a été annulée, est accusé de l’assassinat de son ex-petite amie japonaise Narumi Kurosaki à Besançon en 2016. Malgré l’absence de corps et d’aveux, l’accusation soutient la thèse d’un "féminicide".

Ce qu’il faut retenir

  • Le troisième procès de Nicolas Zepeda débute ce mardi à Lyon devant la cour d’assises du Rhône. Déjà condamné deux fois à 28 ans de réclusion, le Chilien bénéficie d’une annulation de verdict par la Cour de cassation pour un vice de procédure.

  • L’accusé de 36 ans nie l’assassinat de son ex-petite amie japonaise, Narumi Kurosaki, disparue le 4 décembre 2016 à Besançon. Malgré l’absence de corps et d’aveux, l’accusation soutient la thèse d’un féminicide prémédité par un "mâle blessé".

  • L’enquête souligne des indices graves : des achats suspects (combustible, détergent), des messages incohérents envoyés depuis le téléphone de la victime et le bornage GPS du suspect dans un sous-bois après les faits présumés dans la cité universitaire.

Pas de cadavre, pas de preuves, pas d’aveux mais un faisceau d’indices confondants : les jurés devront se forger une intime conviction lors du troisième procès, à partir de mardi à Lyon, du Chilien Nicolas Zepeda, accusé de l’assassinat en 2016 de son ex-petite amie japonaise à Besançon.

Un troisème procès hors norme

Condamné à 28 ans de prison en 2022, puis à la même peine en appel en 2023, en détention depuis six ans après son extradition du Chili, il a bénéficié en 2025 d’une rare annulation d’un verdict par la Cour de cassation, pour un vice de procédure.

Une nouvelle audience hors norme se profile devant la cour d’assises du Rhône : traducteurs en japonais et espagnol, témoignages en visio sur trois continents, soixantaine de journalistes français et étrangers…

Nicolas Zepeda, 36 ans aujourd’hui, nie mordicus malgré les ingrédients « évidents » d’un « féminicide » prémédité suivi de la dissimulation du corps de l’étudiante de 21 ans, selon un scénario reconstitué implacablement par l’accusation et l’avocat général des premiers procès.

« Comme dans un film d’horreur »

Narumi Kurosaki, fraîchement arrivée du Japon, entamait à la rentrée 2016 à Besançon des études de français. Elle était vue vivante pour la dernière fois le 4 décembre regagnant sa résidence universitaire. La nuit, des voisins ont entendu des hurlements terrifiants, « comme dans un film d’horreur ».

Narumi et Nicolas Zepeda avaient noué une relation amoureuse en 2014 au Japon. Un mois après son arrivée à Besançon, elle annonce à Nicolas, rentré au Chili, qu’elle le quitte, car trop possessif et inquisiteur. Elle a un nouvel amoureux, étudiant français.

Après des messages tantôt énamourés tantôt comminatoires à Narumi, le Chilien vient fin novembre en France. Pour des recherches académiques, dira-t-il d’abord aux enquêteurs.

Les bornages de son téléphone et du GPS de sa voiture de location, mais aussi des témoignages d’étudiants qui l’ont vu aux abords et même dans la résidence, démontrent qu’il a épié Narumi quatre jours durant.

Zepeda prétendra d’abord qu’il s’est garé là par hasard le 4 décembre et que Narumi est tombée fortuitement sur lui. Après un diner au restaurant, ils sont rentrés dans la chambre et y auraient eu des relations sexuelles, selon lui. Les hurlements ? Le Chilien assure que Narumi avait été « expressive dans ses gémissements ».

Où est le corps de Narumi ?

L’enquête mettra au jour nombre d’indices « concordants » démontrant, assénait l’avocat général aux premiers procès, qu’un Zepeda éconduit et enfermé dans son orgueil de « mâle blessé » a prémédité et commis un « féminicide », un crime de « possession ».

Selon le magistrat, il a étranglé ou étouffé Narumi et enterré ou immergé son corps dans un sous-bois bordé d’une rivière, où son GPS et son téléphone ont prouvé qu’il avait passé du temps cinq jours plus tôt, puis à nouveau après avoir quitté la chambre de la Japonaise.

La défense avait plaidé qu’en l’absence de corps et de preuves matérielles, il devait être acquitté au bénéfice du doute. À Lyon, « nous serons déterminés à faire reconnaître son innocence », assure toujours son avocat Sylvain Cormier.

Les enquêteurs ont exclu la fugue : le portefeuille de Narumi, 565 euros, ses deux cartes bancaires, son manteau d’hiver, ses chaussures, son portable et sa carte SNCF étaient restées dans sa chambre, qui portait les traces d’un nettoyage « récent » au détergent.

Puis il y a l’achat par Zepeda le 1er décembre d’un bidon de 5 litres d’un produit combustible, d’allumettes, d’un pulvérisateur de détergent à l’eau de javel, le bornage de ses voiture et téléphone attestant qu’il est resté dans la chambre plus de 24 heures…

Une discussion avec son cousin qui interroge

Mais aussi, les jours suivants, des emails et messages « incohérents » de Narumi à son compagnon français, l’université et des amis pour les rassurer : elle serait à Lyon pour renouveler son visa d’étudiant, formalité qui relève du consulat japonais de Strasbourg.

Et l’achat sur internet le 6 décembre, depuis un centre commercial où Zepeda se trouvait, d’un billet de TGV Besançon-Lyon au nom de Narumi. TGV qu’elle n’a jamais pris selon des passagers du même wagon.

Enfin, à Barcelone avant d’embarquer pour le Chili, Zepeda interrogeait son cousin sur « la mort par asphyxie » et comment savoir si une personne est « vivante ou morte » après une pendaison.

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