Cinéma : le ginkgo biloba, un ami silencieux qui nous veut du bien dans le sublime film "Silent Friend"

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En salle depuis mercredi, le film de la Hongroise Ildikó Enyedi, "Silent Friend", tresse une sublime ode à la nature à partir de trois fils narratifs liés par un gingko biloba planté près d’une université allemande.

Ce pourrait être lui, Tony Leung Chiu-wai, “l’ami silencieux” du titre du merveilleux nouveau film de la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi : l’acteur hongkongais révélé pour le public occidental en 2000 avec In The Mood For Love n’a pas son pareil pour donner à ses silences, et les sourires qui ne vont pas sans, des manières de pensées philosophiques, et sa filmographie démentielle en a fait notre ami pour la vie (outre Wong Kar-wai, John Woo, Tsui Hark, Zhang Yimou, Hou Hsiao-hsien… il a tourné avec les plus grands de Chine, de Hong Kong et de Taïwan).

Mais, non, le silent friend en question est un arbre, un gingko biloba planté en 1832 dans le jardin botanique de l’université allemande de Markbourg. Tony Leung Chiu-wai incarne un éminent chercheur en neuro-sciences invité par ladite université, qui y reste quand débute la pandémie de Covid-19. Seul ou presque sur place, il découvre cet arbre majestueux qui va le fasciner au point qu’il va lui consacrer la suite de ses recherches.

Trois temporalités… et un seul arbre

Toujours à Markbourg, mais en 1908, Grete, une brillante étudiante en botanique, essaie de s’intégrer dans la faculté, intrinsèquement misogyne et jusqu’alors exclusivement réservée aux hommes. Pour subvenir à ses besoins, elle devient en parallèle l’assistante d’un vieux photographe passionné et trouve peu à peu du réconfort dans la fréquentation de la nature et dans son immortalisation sur plaque sensible.

Enfin, en 1972, un étudiant venu de la campagne, rêveur et littéraire, s’éveille à l’amour auprès d’une jeune hippie rencontrée à l’université, plus délurée. En son absence, celle-ci lui confie un géranium dont elle étudie les ondes, il est censé surveiller son expérience mais il va faire plus, et mieux…

Les trois fils narratifs et temporels s’entremêlent sans liaisons forcées, sinon le gingko biloba, sinon une certaine solitude, sinon surtout une curiosité, la confiance positive et généreuse dans un inconnu qui, si l’on prend le temps de s’y abandonner, s’avère chargé de vertus. Le monde d’aujourd’hui est capturé en numérique, celui d’hier en 16 mm aux couleurs saturées et celui d’avant-hier en 35 mm et noir et blanc, et ces trois temps n’ont pas peur du silence, amical, enveloppant, et laissent une grande place aux bruits organiques, végétaux, atmosphériques. Pour le spectateur, pour peu qu’il s’abandonne près de deux heures et demie durant, l’émerveillement sera tout à la fois profondément intellectuel et merveilleusement sensoriel. Une méditation qui se mérite mais ne s’oublie pas.

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