Élections municipales 2026 : "Il faut plus de listes, un retour du pluralisme, sinon l’abstention va encore augmenter"

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Aurélia Troupel est maîtresse de conférence en science-politique au sein de l’université de Montpellier. Elle s’est penchée sur la question du panachage des listes électorales et l’abstention.

Vous avez étudié ces communes de moins de 1 000 habitants où le panachage des listes – rayer ou ajouter des noms – n’est plus possible. Quel est votre premier constat ?

J’ai d’abord regardé sur l’Occitanie le fait que les communes de moins de 1 000 habitants pouvaient déposer des listes pas totalement complètes, jusqu’à moins « 2 » ou plus « 2 », et voir si, du coup, il y avait plus de listes. La tendance est plutôt de présenter deux candidats supplémentaires, pour éviter d’avoir à organiser des élections en cours de mandat, pour compléter le conseil municipal, en cas de démission ou autre.

Aurélia Troupel, maîtresse de conférence en science-politique au sein de l’université de Montpellier. DR

Comment a été vécu le fait de ne plus pouvoir rayer ou rajouter des noms ?

Pas trop bien. Il y a eu une forme de fatalisme, la plupart des électeurs semblaient informés le jour de l’élection. D’ailleurs, ce qui est étonnant c’est que c’était une réforme majeure et c’était souvent soit au maire ou aux candidats d’expliquer aux électeurs qu’il n’y avait plus de droit de rayer ou panacher leur bulletin. Cette réforme a été prise sans concertation des maires et sans leur dire pourquoi elle a été faite et c’était à eux de faire de la pédagogie…. Il n’y a eu qu’une phase de communication de l’État, la dernière semaine avant le premier tour, en catastrophe, avec des affiches et des flyers.

Les communes avec une seule liste ont été marquées par l’abstention. Que se sont dit les électeurs ?

Quand il n’y avait qu’une liste, le phénomène n° 1, ça a été l’abstention. Une part des électeurs ne voyait pas l’utilité d’aller voter, se demandant à quoi cela servait puisque les jeux étaient faits. Et ça a été annoncé comme tels dans plusieurs médias, sans que ça n’émeuve trop, comme si c’était normal qu’avant une élection tout soit joué d’avance. C’est surprenant.

D’un seul coup, on change le sens du vote qui devient une sorte de ratification, avec en plus, sans possibilité d’intervention avec le panachage et le rayage. Avant,, ils pouvaient composer le conseil municipal à leur guise, là, soit ils ratifient la liste unique, soit ils s’abstiennent, ou votent nul ou blanc, c’est très réduit. On avait vécu le même phénomène de hausse drastique de l’abstention en 2014 lorsque le seuil avait été abaissé de 3 500 habitants à 1 000 pour le panachage. Le problème c’est l’absence de pluralisme, de choix, c’est très net, dès qu’il y a deux listes, l’abstention est loin d’être aussi forte. Quand on vous enlève le choix, ça perd tout son sens.

Le mode de répartition des sièges a également été mal vécu…

Oui, Cela suscite des questions sur la démocratie et le sens des élections. Ce qui a interpellé, c’est la prime majoritaire et la répartition des sièges. J’ai suivi des élections avec deux listes avec le nouveau mode de scrutin : la commune de Brissac (Hérault) par exemple, avec une seule voix d’écart – 199 voix contre 198 – la gagnante a eu 12 sièges, la perdante que 3. Cela suscite de l’injustice et de l’incompréhension surtout qu’avant le rapport de force aurait été différent.

Quelle solution s’impose selon vous ?

Il faut ouvrir des espaces pour que le jeu politique puisse se faire, sinon les électeurs ont l’impression d’en être les spectateurs. Et si cela se renouvelle en 2032, si on tue le suspens électoral, le taux d’abstention augmentera encore. Même pour les candidats, pourquoi faire campagne si on sait que l’on est élu en déposant une liste ?

Une commune a laissé les habitants choisir les colistiers

Il n’y a qu’une commune dans le Doubs, que j’ai trouvée avec un système intéressant. Il n’y avait qu’une seule liste et le maire, pour maintenir le panachage, a organisé l’équivalent d’une primaire : il a laissé les habitants choisir les colistiers, avant le dépôt de la liste.

Le fait de trouver suffisamment de candidats a aussi beaucoup joué, souvent il n’y avait pas assez de monde, avant même la question de la parité. Je pense donc qu’il faut revoir ce nombre de colistiers plus souple d’ici 2033 avant le rayage d’une ou deux personnes par exemple. Il faut plus de listes, un retour du pluralisme.

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