Clémence Tombereau livre une biographie du psychanalyste Jacques Lacan à travers les lieux qu’il a fréquentés à Paris.
« Lacan m’intriguait », se souvient Clémence Tombereau, qui a commencé sa carrière en enseignant les lettres. « Puis de fil en aiguille, j’ai plongé, j’ai trouvé chez Lacan quelque chose que je n’avais jamais lu ailleurs », poursuit-elle, qui s’est formée à la psychanalyse et vient de publier Le Paris de Lacan, un petit livre très vivant permettant d’approcher un personnage qui peut paraître intimidant.
Clémence Tombereau a « toujours trouvé que le travail de biographe était une énigme ». Elle aimait décortiquer « des textes intellectuels très complexes », mais ne connaissait rien à la vie de Lacan, quand elle a été contactée par l’éditrice de la collection Le Paris des écrivains des éditions Alexandrine, qui propose des portraits à travers les lieux fréquentés par des personnalités historiques.
« Je cherchais l’incarnation, l’épaisseur vivante »
« J’étais tétanisée », se souvient-elle. Mais quand elle tombe sur la célèbre photo de Brassaï, prise lors d’une soirée chez Michel Leiris, pendant l’Occupation, avec Picasso, Dora Maar, Camus, Beauvoir, Clémence Tombereau rédige un premier chapitre. Puis elle contacte Catherine Millot, la dernière compagne de Jacques Lacan. « Elle m’a reçue, m’a aidée », se souvient la fille du peintre Michel Tombereau. « Je cherchais l’incarnation, l’épaisseur vivante, j’avais l’impression d’être avec lui », poursuit-elle. Peu à peu, elle a pris goût à la recherche des indices, des détails, « les petites poussières, les vestiges » que laisse une vie.
À travers les lieux fréquentés par Jacques Lacan, elle donne à voir une époque, un homme intellectuellement très précoce, ami des créateurs de son temps, ouvert à toutes les disciplines. De l’hôpital Sainte-Anne où il commence sa carrière aux restaurants qu’il a fréquentés, en passant par la maison de Guitrancourt où il passait ses week-ends ou les institutions où il a enseigné, la géographie permet de cerner les différentes facettes du personnage, le médecin, le penseur, l’amateur d’art, la star qui attirait les foules pour ses séminaires. Au fil de ses études ou de sa carrière, l’impatient Jacques Lacan a fréquenté la librairie d’Adrienne Monnier, les surréalistes, le philosophe Heidegger…
Au cœur du livre, un chapitre particulièrement passionnant est consacré au 5 rue de Lille. Avec minutie, elle fait revivre ce lieu intrigant et mythique, « son cabinet mais aussi son lieu de vie », où ce bourreau de travail avait conservé une chambre minuscule. Dans cet appartement, se croisent « son activité de psychanalyste et tout un quotidien. Il y faisait des fêtes, animait des mini-séminaires… » Ce mélange permet de comprendre « un homme qui ne s’embarrassait pas des conventions, un dandy charismatique », mais dont tout le monde souligne son sens inconditionnel de l’écoute.









