MHSC : "S'il faut lâcher la barre, je la lâcherai", le président Laurent Nicollin évoque l'avenir et l'ouverture du capital qui se précise

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A l’aube d’une fin de saison de Ligue 2 à enjeu, le président du Montpellier Hérault SC s’est livré comme rarement, ne cachant ni ses blessures ni ses réflexions. Celles d’un dirigeant qui n’exclut plus de passer la main à la tête du club si les investisseurs, intéressés par l’ouverture de capital, finalisent leur engagement dans les prochaines semaines.

Vous disiez en novembre que vous aviez beaucoup souffert sur le plan physique et mental la saison passée, marquée par la relégation. Avez-vous réussi à tourner cette page et reprendre du plaisir ?

J’ai perdu 12 kg, vous ne l’avez pas vu, vous n’avez pas l’habitude (rire). Tourner la page, non, prendre du plaisir, non. J’en prends un peu plus parce qu’on gagne des matches. Je ne suis pas à 200 % comme je devrais l’être pour encore plus accompagner mon coach et mes joueurs qui méritent que je sois là. Donc, je me force, je me force.

Je sens par moments que je ne suis pas comme j’étais il y a quelques années. C’est l’âge (53 ans), la descente qui a fait beaucoup de mal, le décès de certaines personnes, le comportement d’autres, le 50e anniversaire du club… Il y a plein de choses. Mais aussi les droits télé et l’argent. Quand une année tu as 30 millions, la saison d’après 10, puis 5, c’est compliqué.

Tout un système fait qu’il y a une lassitude. Je ne vais pas dire que je suis dépressif parce que je suis trop positif pour ça. Des fois, j’aurais pu rester chez moi, mais je ne peux pas. À la Paillade, on est des guerriers. Je continuerai à me battre tant que je serai président.

En quoi la descente vous a-t-elle fait mal ?

La descente et les droits TV. Même si tu étais resté en Ligue1, il y aurait eu les droits télé en moins et il aurait fallu trouver de l’argent. Le nerf de la guerre est là. On n’a jamais eu beaucoup d’argent. En 2009, pour la remontée, les droits télé avaient augmenté, on avait eu la chance d’être européen et le club est devenu une grosse structure. Quand l’année dernière il faut recaser des gens, discuter pour ne pas licencier, ce n’est pas moi, ce n’est pas nous. Humainement, la saison dernière n’a pas été facile.

Il y a eu aussi le départ de Philippe Peybernes (directeur général retraité en juillet dernier, NDLR), mon bras droit, mon bras gauche, ma tête. Cela va faire vingt-six ans que j’ai des responsabilités, j’ai pris toutes les décisions avec lui. Je suis proche d’autres personnes, mais la perte de Philippe…

La réalité économique vous rattrape-t-elle à chaque fois ?

Les droits télé, c’est un tsunami pour les clubs comme nous parce qu’on n’a pas de public, parce qu’on n’a pas énormément de sponsors, parce qu’on n’est pas une région riche. Le nerf de la guerre, c’est l’argent.

On a 6 millions et demi de droits télé avec une prime de relégation. L’année prochaine, on en aura 2,5 M€. On va débuter la saison prochaine avec moins 4 M€. Je vais encore faire pleurer dans les chaumières et en prendre plein la gueule sur les réseaux, mais il manque 4 M€.

On a eu déjà quatre ou cinq retours de potentiels investisseurs. Mi-mai, on devrait y voir un peu plus clair. La semaine prochaine, l’un d’eux doit venir au club

Début février, avez-vous été obligé de lâcher Becir Omeragic pour équilibrer les comptes de la saison actuelle ?

Non parce qu’il en manque. Avec mon frère, on va mettre ce qu’il manque, mais on évite de mettre 3 M€ de plus en trésorerie. Becir rêve de la Coupe du monde. Trop bon, trop con ? Humainement, je suis peut-être un peu gentil. Quand le coach me dit qu’il veut garder les titulaires et vendre personne, je dis “ouais”. Peut-être qu’en juin ou juillet, on sera obligés de nous séparer de deux ou trois titulaires.

Face à cette crise financière, vous aviez choisi d’ouvrir le capital et de confier le dossier à une banque d’affaires (Case Cassiopea). Où en êtes-vous ?

Ça avance petit à petit. C’est long, très long. On a eu déjà quatre ou cinq retours de potentiels investisseurs auprès de la banque. Je pense que mi-mai, on devrait y voir un peu plus clair et avoir des offres concrètes. La semaine prochaine, un investisseur doit venir me rencontrer et voir des gens au club pour savoir où il met les pieds. Pour l’instant, on est encore dans l’inconnu. Est-ce que la participation sera de 10 %, 30 %, 50 %, 60 %, 80 % ? Ça, on verra ce qu’eux sont prêts à proposer et à donner, surtout. Des investisseurs sont prêts à continuer, d’autres ont renoncé faute de stade. Après, il y a des choix. Avec mon frère (Olivier Nicollin), on est à une période de choix. À nous de faire les bons ou les moins mauvais.

La seule chose qui me tenait à cœur et me boostait, c’était le stade. Se battre avec un Opinel, j’ai passé l’âge. Parce que j’aime trop mon club

Vous seriez prêt à lâcher le contrôle du club, c’est-à-dire accepter qu’un repreneur ait plus de 50 % de parts ?

Tout dépendra de ce que le partenaire peut apporter. L’important, ce n’est pas que Laurent ou Olivier Nicollin aient 30 %, 40 %, 70 %, 80 %, l’important, c’est la pérennité du club. L’important, c’est que le club soit sain financièrement et que quelqu’un puisse le booster pour avoir des joueurs et que l’on retrouve la Ligue 1. Nous, avec mon frère, on ne sera pas les oiseaux de mauvais augure, en disant coûte que coûte, on le garde. On ne veut pas conduire le club à la faillite et le ramener en division d’honneur ou l’a pris notre père.

Personne n’est irremplaçable, ni ne détient les clés de la vérité. Moi, je veux pouvoir me regarder dans une glace dans cinq ou six ans même si je ne suis plus le président. J’avais prévu une fin plus tard. Si elle arrive plus tôt, ce n’est pas grave. C’est plus pour ma femme qui va m’avoir tous les jours à la maison. Vu les droits télé, vu l’absence de nouveau stade, ça va nous coûter entre 10 et 20 millions d’euros par an. Et il n’est pas question de mettre en péril l’entreprise familiale. Sinon, on va vendre les meilleurs joueurs, miser sur les jeunes et avoir un budget comme Rodez ou Pau (environ 7-8 M€ contre 28 au MHSC actuellement, NDLR). Êtes-vous prêts à ça ?

Et vous ?

Nous, on veut une équipe compétitive, car ce club et la ville le méritent. On est proche de trouver un ou deux partenaires. On verra ce qu’ils nous proposent. On verra s’ils veulent une part, s’ils veulent tout racheter, on verra ce qui est le mieux pour le club. On n’en est pas là, il y en a cinq pour l’instant. Que deux ou trois valident leur intérêt pour participer voire plus. Si aucun des cinq ne s’implique, on serrera les fesses et on devra réduire la masse salariale.

Vous seriez prêt à vous effacer au profit d’un nouvel investisseur ?

Cela fait un moment que je suis prêt à m’effacer. Tant que j’ai la commande du bateau, je serais à fond. Dans ma tête, j’ai avancé sur des choses. S’il faut lâcher la barre, je la lâcherai. Il y a une lassitude.

Avez-vous passé le cap mentalement ?

La seule chose qui me tenait à cœur et me boostait, c’était le stade. Il n’y a pas de nouveau stade, pas de droits télé. Je suis prêt à me battre, mais avec des armes. Me battre avec un Opinel, j’ai passé l’âge. Parce que j’aime trop mon club, j’aime trop gagner des matches, j’aime trop aller en haut.

Marc Keller nous a invités au match Strasbourg-Lorient. Quand tu vois le stade, la tribune présidentielle, les salons, ce que l’on voulait faire nous, tu prends une claque dans la gueule. J’ai failli chialer.

Quel regard portez-vous sur la multipropriété ?

La multipropriété, ce n’est pas le football qui me convient. L’essentiel, c’est que le club soit pérenne financièrement. Après, si c’est une multipropriété, ce ne sera pas mon problème.

Ce club nous appartient, mais on n’est pas une royauté. La vie et les choses évoluent. Si un partenaire nous tape sur l’épaule, s’il veut 80 %, on se mettra autour d’une table, avec mon frère, on réfléchira, on regardera. Et si le club est pérenne financièrement, et que les emplois sont sauvés, à un moment donné, on s’effacera. On ne va pas s’arc-bouter.

Jusque-là, on a envisagé les choses par le prisme du club. Quel est l’intérêt pour l’entreprise Nicollin de le préserver ?

C’est la création d’un club par notre père Louis Nicollin. Il n’y avait plus rien sur Montpellier et il a recréé une dynamique. Avec mon frère, c’est notre club, notre ADN. Une passion. J’ai grandi avec, j’y ai joué. C’est une création familiale, une aventure, c’est une histoire avec un passé. C’est une histoire d’hommes. Comme il y a de l’humain, quand ça va, c’est magnifique, quand cela ne va pas, cela fait doublement plus mal.

Quand on a ouvert le capital, c’était un coup oui, un coup non. Il y a eu beaucoup de discussions avec mon frère. À partir du moment où tu ouvres le capital, selon comment cela se passe, on ne maîtrisera pas tout. C’est donc une perte de quelque chose, mais le financier nous y oblige.

On aurait préféré que cela se fasse par le biais de sponsors, de gens que l’on connaît. On aurait préféré le faire d’une autre façon que par une banque d’affaires. Ce n’est pas nous, ce n’est pas moi.

En décembre, j’ai passé un week-end à Strasbourg avec ma femme. Marc Keller nous a invités au match Strasbourg-Lorient. Quand tu vois le stade, la tribune présidentielle, les salons, ce que l’on voulait faire nous, tu prends une claque dans la gueule. J’ai failli chialer. On s’est barré à la mi-temps.

 

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