Avant de recevoir Montpellier vendredi 20 février lors de la 24e journée de Ligue 2, le président du RAF, Pierre-Olivier Murat, donne les clés de la réussite aveyronnaise, avec son franc-parler habituel.
Vous n’avez jamais caché vos atomes crochus avec le MHSC. Est-ce qu’il y a une forme d’excitation à le recevoir vendredi ?
C’est la première fois que le nouveau Paul-Lignon va être totalement plein, avec un parcage qui ne l’a pas été depuis que le stade est fini. Déjà ça, c’est génial. Puis on reçoit Montpellier, on est à un point l’un de l’autre et c’est quand même un derby de l’Occitanie. Et c’est un derby entre Lolo (Nicollin) et moi. C’est à celui qui va manger le plus de côtes de bœuf à midi (rire).
Avec Laurent (Nicollin) on se ressemble beaucoup. On est des gens du sud, souvent on dit ce qu’on pense de manière brute et cash, on ne se cache pas avec des phrases à rallonge.
Et aussi le match des présidents sur le banc de touche. D’où est-ce que ça vous vient ?
Depuis toujours. Il n’y avait pas de lien par rapport à Loulou (Nicollin). J’aime juste être sur le banc, on voit des trucs qu’on ne voit pas en tribune. J’aime sentir l’intensité qu’il y a au bord du terrain. Je ressens plus le match.
Vous avez été joueur de Nîmes, votre nom a même circulé récemment parmi les potentiels repreneurs de NO. Vivez-vous ce match comme un derby personnel ?
(Rire) Ah celle-là, je l’attendais ! Non, pas du tout, ce n’est pas la même époque, on est des vieux cons maintenant, je parle de moi. Avec Laurent on s’entend super bien, ce n’est pas Nîmes-Montpellier, c’est Rodez-Montpellier.
D’où vient cette affection entre vous et Laurent Nicollin ?
On se ressemble beaucoup. On est des gens du sud, souvent on dit ce qu’on pense de manière brute et cash, on ne se cache pas avec des phrases à rallonge. Il n’y en a plus beaucoup des clubs familiaux comme Montpellier et Rodez. Ces choses-là font que ça matche entre nous deux.
Il n’y a pas beaucoup d’échanges de joueurs dans le passé entre Rodez et Montpellier. Pourquoi ?
C’est vrai. Mais quand tu refais l’histoire des régions, sans parler de foot, ici les jeunes allaient faire leurs études pour la plupart à Toulouse. Ça commence à se partager un peu.
Moi, je me plais beaucoup dans la région de Montpellier, donc je suis toujours allé dans ce secteur. Mais auparavant, les jeunes faisaient plus la culbute vers Toulouse, comme Killian Corredor par exemple, qui était parti au TFC, même si c’est un amoureux de Montpellier.
2014 était la seule visite jusqu’à présent du MHSC à Rodez, lors d’un 32e de finale de Coupe de France. C’était un peu le grand voisin qui venait. Aujourd’hui, vous le recevez d’égal à égal. Est-ce que ça permet de mesurer le chemin accompli par le RAF ?
Nous, ça bosse très fort, ça bosse très bien. On a nos méthodes de travail, on construit petit à petit. Je dirais que ce n’est presque pas une surprise. Montpellier, je l’ai déjà dit, vu la taille de la ville, c’est un club qui doit être en Ligue 1. Mais ça, c’est dans la théorie. Dans la pratique, vendredi, on joue Montpellier qui a 34 points et nous, 33. On va jouer pour gagner ce match.
Je pense que Rodez est plus craint.
Après sept saisons consécutives en Ligue 2, le regard a-t-il changé sur le RAF ?
Je pense qu’on est plus craint. Avant, c’était le petit club dans un stade très vieillissant. On avait cette image de club pas structuré, mais il l’était déjà, même si on n’avait pas cette enceinte magnifique. Ça, ça a été un premier changement.
Le deuxième, c’est qu’il y a eu une impulsion : on est une équipe avec laquelle on est sûr de ne pas se faire chier. Les gens qui viennent savent qu’ils vont voir des buts. Pas une équipe dans un catenaccio qui va faire un vieux 0-0. Nous, ça va de l’avant. On est une équipe à l’image de notre territoire. Et tout ça, avec la structuration qui a été menée petit à petit, et ce stade terminé, a mis vraiment un coup d’accélérateur.
« Sans vouloir se la péter, on est plus à l’aise quand tout le monde est pauvre », disiez-vous en septembre dans la Dépêche. Paradoxalement, le contexte actuel du foot français vous est-il favorable ?
C’est sûr qu’il est plus facile de vivre avec peu quand tu es habitué à avoir peu que l’inverse. Je ne sais pas si on est en avance, mais du coup, l’impact a été moins fort. Déjà, on n’avait pas de joueurs à 20 000 euros par mois. Donc, pour faire des baisses, c’est plus facile quand tu es sur le curseur bas, voire très bas.
Les entraîneurs adverses peuvent regarder tous nos matches, on s’en fout complet. On sait qu’on va toujours de l’avant.
Ce modèle vous impose de renouveler chaque été l’équipe à 70 % ou 80 %, ce que vous avez encore fait cette saison. Malgré ce, vous parvenez toujours à être présent. À quoi attribuez-vous cette réussite ?
Je vais parler très sportif pour un président. Mais on a un schéma de jeu qui est clair. On joue en 3-5-2. Les entraîneurs adverses peuvent regarder tous nos matches, on s’en fout complet. On sait qu’on va toujours de l’avant et qu’on va aller marquer des buts.
Après, il suffit de recruter dans les bonnes cases, avec le bon profil, dans notre projet de jeu qui est clair. Mais il ne l’est pas depuis un ou deux ans, mais depuis 10 ans.
Ça paraît facile quand vous le dites. Mais vous vous êtes peu trompé…
On se trompe peu, parce que c’est clair. Un piston droit ou gauche, on sait que chez nous, il faut que ça soit un monstre athlétique. Le latéral qui est un joueur de foot, qui la tripote, joue à l’intérieur, on sait que ça ne va pas dans notre système. Comme l’entraîneur, quand il vient, que ce soit Didier (Santini) ou Lolo (Peyrelade) avant, notre système, c’est ça. Il faut s’y adapter. Parce que tout le monde au club est sur ce chemin-là.
Ça vous vaut d’être cité en exemple. Est-ce là une vraie fierté en considérant d’où revient le club (N2 en 2016) ?
On est hyperfier du recrutement qui est fait par le travail de « Gus » (Guillaume Laurens, directeur du développement), de Greg (Ursule, directeur sportif), de moi. On est un trio, parfois on n’est pas d’accord, mais au final, on est tout le temps d’accord. Je ne vais pas trop en parler, parce que depuis des années, on a un temps d’avance là-dessus avec nos moyens.
On travaille comme tout le monde avec les datas, mais un peu différemment. On ne va pas dévoiler comment on travaille (rire). Sauf si quelqu’un nous donne l’argent pour compléter les droits de télé, on donnera des infos (rire).
Ce renouvellement, chaque été, ne vous frustre-t-il pas ?
Le renouvellement qu’on a eu cet été (16 arrivées, 18 départs, NDLR) est quand même historique. On s’est retrouvé en début de championnat avec 100 % de l’équipe renouvelée. Mais ce n’était pas le cas les dernières années. C’est sûr que l’idéal, c’est de vendre un ou deux joueurs qui te permettent de garder l’autre partie de l’effectif et de se renforcer.
Maintenant, le joueur qui vient chez nous ne vient pas pour gagner le plus gros salaire. Par contre, il sait qu’il va jouer, progresser et va gagner beaucoup d’argent ailleurs, comme les Corredor, Haag, Hountondji, etc. Le deal, maintenant, est connu dans le foot français.
Auparavant, on avait un “pelo” qui venait pour voir ce qu’il se passait en termes de recruteurs. Et là, à chaque match, c’est la foire à Laissac (célèbre marché aux bestiaux aveyronnais) (rire).
Le jour où on n’aime plus (son club), où on ne bande plus comme l’aurait dit Loulou, il faut arrêter.
Vous le disiez en rigolant précédemment, mais est-ce que pour pouvoir franchir un cap, Rodez doit s’ouvrir à de nouveaux investisseurs ? Y a-t-il eu des approches en ce sens ?
On n’y a pas trop réfléchi parce qu’on a un modèle qui est assez sain. Et puis, si un jour, il y a des investisseurs, ce n’est même pas une question d’argent mais de philosophie. Le trio « Pom », « Gus », « Greg », il est né à Rodez, vit à Rodez, nos enfants sont à l’école à Rodez, donc, on ne peut pas faire n’importe quoi. Il faut que les gens, s’il y en a un jour, adhèrent à la manière dont on travaille, et dont on est proche de la population.
Et ce n’est pas parce que les résultats sont un peu moins bons, qu’on révolutionne tout. On a gardé Laurent Peyrelade pendant 8 ans alors qu’il y a eu des séries de 10 matches sans victoire. Et il n’a jamais été sur la sellette. Donc, c’est plutôt philosophique.
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Vous êtes sur une série de 9 matches sans défaite en L2. À 6 points du cinquième Le Mans, qui est barragiste…
… Et 7 points du deuxième.
Est-ce que l’idée de disputer à nouveau les barrages, comme en 2024, commence à germer ?
On pourra y rêver si on continue ce qui est fait actuellement. Ça ne signifie pas prendre les matches après les matches, cette phrase à la con que tout le monde dit dans le foot. Là, c’est de se dépouiller à chaque match et faire très, très bien ce qu’on sait faire. Alors, peut-être bien qu’on pourra aller chatouiller quelque chose.
Cela marquerait vos 20 ans de présidence. Qu’est-ce qui vous fait continuer ?
Mes experts-comptables, mes amis me disent que j’y laisse la santé ou du pognon. Mais ce qui fait la force, c’est l’amour fou de ce club. Le jour où on ne l’aime plus, où on ne bande plus comme l’aurait dit Loulou, il faut arrêter.
Vous ne pensez jamais à l’après ?
Pour l’instant, je n’ai pas fixé de… Tant qu’on progresse et que tu peux amener quelque chose encore, il faut continuer. Le jour où tu es “has been”, que tu n’écoutes plus les jeunes, tu es mort. Si tu penses en raisonnant avec ton passé, il faut se casser.
Rodez n’a pas atteint ses limites ?
Non, on n’a pas atteint nos limites. J’en suis sûr. La problématique aujourd’hui, c’est qu’on banalise les choses.



